L’ex-commissaire européen Phil Hogan au cœur d’une nouvelle affaire de « pantouflage »

L’ancien commissaire européen irlandais Phil Hogan, à Bruxelles, en décembre 2019.

Une affaire de « pantouflage », encore une, à Bruxelles, où, malgré quelques réformes, le fonctionnement des institutions reste entaché par le système des « portes tournantes » entre secteurs public et privé. Cette fois, c’est le conservateur irlandais Phil Hogan qui est au cœur de la polémique. Cet ancien ministre et commissaire européen a été embauché par le cabinet juridique américain DLA Piper, alors que sa période dite de « cooling » – ou « rétractation » – ne devait s’achever qu’en août 2022, deux ans après qu’il a dû abandonner son portefeuille dans la commission dirigée par Ursula von der Leyen.

Commissaire à l’agriculture dans la Commission présidée par Jean-Claude Juncker, de 2014 à 2019, il était devenu ensuite titulaire du portefeuille du commerce. Une fonction qu’il avait dû abandonner en août 2020, sous la pression de Dublin. Enfreignant les règles en vigueur dans son pays, il avait, en pleine crise liée au Covid-19, participé à un dîner réunissant plus de 80 convives.

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C’est à la mi-septembre que son nouvel employeur a publié un communiqué indiquant que M. Hogan deviendrait « conseiller politique et stratégique » au sein de l’antenne bruxelloise du cabinet d’avocats DLA Piper, actif notamment dans les domaines de l’énergie et du commerce. La société a indiqué au site EUobserver qu’elle respecterait les règles instaurées par la Commission. « M. Hogan conseillera nos chargés de clientèle sur les décisions réglementaires et commerciales, dans le cadre de nos conseils légaux et stratégiques », a précisé une porte-parole.

« Examen actif »

Interrogé lundi 20 septembre, un porte-parole de la Commission a indiqué que le dossier de M. Hogan faisait actuellement l’objet d’un « examen actif ». Ce qui laisse entendre que le comité d’éthique, auprès duquel doivent être déclarées les activités d’un ex-commissaire, n’a pas été informé au préalable. Cette instance peut, en principe, fixer des limites à la reconversion d’un ancien membre du collège mais elle n’exercerait qu’un contrôle timide sur ses nouvelles fonctions.

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Le comité a, en revanche, approuvé il y a quelques mois la création par M. Hogan de son propre cabinet de consultants. Il se serait vu imposer quelques limitations, dont l’interdiction d’approcher ses anciens collègues et l’obligation d’indiquer, tous les six mois, le nom de ses clients. Ceci pour éviter, en théorie, les conflits d’intérêts et l’usage d’informations confidentielles qu’il détiendrait.

« Il est possible qu’en fait, ce soit par le biais de sa société qu’il ait décroché un emploi chez DLA Piper, souligne EUobserver. De ce fait, il n’aurait pas été tenu d’informer immédiatement le comité d’éthique. » C’est par le même biais, à savoir en créant une société de consultance, que l’Allemand Günther Oettinger, ex-commissaire au budget, avait pu exercer naguère une quinzaine de postes durant sa période de « cooling ». Apparemment, sans aucune sanction.

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