« L’Exorciste selon William Friedkin », sur OCS Choc : un cinéaste possédé par sa passion

Le réalisateur William Friedkin et l’actrice Linda Blair sur le tournage de « L’Exorciste » (1973).

OCS CHOC – JEUDI 30 SEPTEMBRE À 20 H 40 – DOCUMENTAIRE

Sorti sous le titre original Leap of Faith : William Friedkin on the Exorcist (2019), ce film documentaire d’Alexandre O. Philippe, réalisateur suisse formé et installé depuis vingt-huit ans aux Etats-Unis, est diffusé par la chaîne OCS, comme l’avait été Friedkin Uncut (2018), de Francesco Zippel, aujourd’hui disponible sur TCM Cinéma et MyCanal.

Contrairement à ce dernier documentaire, qui brassait un large portrait du réalisateur abondé par de nombreux témoignages, L’Exorciste selon William Friedkin se concentre sur le titre qui a fait sa gloire et sa fortune, film d’horreur et drame psychologique tout autant, sorti sur les écrans nord-américains le 25 décembre 1973, en signe de provocation savamment orchestrée.

William Friedkin, fameux cinéphile, est aussi grand amateur de peinture et de musique

Amateur de sujets « pointus », Alexandre O. Philippe avait précédemment porté son regard sur Alfred Hitchcock en examinant à la loupe et au scalpel la scène de la douche de Psychose (1959) dans 78/52 : les derniers secrets de Psychose (2017). Ici, pendant six jours de tournage au domicile de Friedkin, il laisse l’intarissable raconteur décrypter et contextualiser L’Exorciste. Et ce avec pour seules échappées des extraits de films ou d’œuvres musicales ainsi que des reproductions de tableaux.

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Car William Friedkin, fameux cinéphile mais aussi grand amateur de peinture et de musique – il a mis en scène des opéras, dont Wozzeck, d’Alban Berg, le premier, en 1996, à la suggestion de son ami le chef d’orchestre Zubin Mehta –, fait très souvent référence à ces composantes et influences.

Tournage « maudit »

Friedkin revient sur l’histoire du succès tonitruant que fut L’Exorciste, à propos duquel le cinéaste Quentin Tarantino, âgé de 10 ans au moment de la sortie du film, rappelle, dans Friedkin Uncut, que « les gens faisaient la queue pour la séance, pour la séance suivante mais aussi pour celle d’après ! » Les « secrets » de ce tournage mouvementé, voire « maudit » selon certains, sont évoqués – mais pas tous : le documentaire préfère évacuer l’anecdote au profit de la structure et de la fabrication du film.

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Il est à signaler que William Friedkin s’intéresse de manière approfondie au rôle de la musique et du son dans L’Exorciste et dans les réalisations d’autres cinéastes. Il revient sur le choix assez piquant d’une voix « ni masculine ni féminine » pour incarner les propos démoniaques, sur les élaborations électroacoustiques savantes ou encore l’influence des sons multiphoniques de John Coltrane

William Friedkin revient sur le choix assez piquant d’une voix « ni masculine ni féminine » pour incarner les propos démoniaques

Il narre par le menu sa rencontre volcanique avec Bernard Herrmann, son refus de la partition commandée à son ami Lalo Schifrin (dont on entend un extrait) ainsi que la décision d’agencer lui-même la bande-son. Avant Lynch, Scorsese, Kubrick et bien d’autres, Friedkin utilise les œuvres du compositeur polonais d’avant-garde Krzysztof Penderecki (1933-2020), présenté souvent à tort comme l’auteur de la musique originale de L’Exorciste.

Sans oublier le titre introductif de l’album Tubular Bells, de Mike Oldfield, avec ses carrures irrégulières et répétitives influencées par le minimalisme de Philip Glass. Le morceau, première parution et premier « hit » du label Virgin, en mai 1973, deviendra le thème-signature emblématique d’un film aux délices visuelles et auriculaires savoureusement horrifiques.

L’Exorciste selon William Friedkin, documentaire d’Alexandre O. Philippe (EU, 2019, 99 min). Disponible à la demande sur OCS et MyCanal. Le film L’Exorciste (1973) est diffusé ensuite à 22 h 25.