L’extension problématique du pavillon

Habiter dans un village du Morvan et passer quatre jours sur sept sur les routes à la rencontre de ses clients, dans un rayon de 400 kilomètres. Vivre à Die (Drôme) et chercher du travail dans le parc d’activités de Rovaltain, autour de la gare TGV de Valence, à 75 kilomètres de chez soi. Travailler dans la banlieue d’Epinal et déménager dans un charmant village perché à 900 mètres d’altitude, dans le massif des Vosges. Et, à chaque fois, ce refrain : « Ben oui, en voiture. Comment voulez-vous que je fasse autrement ? »

Selon Bastien Sibille, président de Mobicoop, « tant qu’on construira des zones pavillonnaires, il sera très difficile de sortir de l’“autosolisme” »

Vivre toujours plus loin de son travail, des commerces et des services, c’est obligatoirement voyager seul dans l’habitacle. « Il est très compliqué de sortir des mobilités individuelles sans repenser la ville, l’éloignement domicile-travail-lieux de consommation. Tant qu’on construira des zones pavillonnaires, il sera très difficile de sortir de l’“autosolisme” », résume Bastien Sibille, président du directoire de la coopérative de covoiturage Mobicoop.

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Des zones urbaines en expansion

Or l’étalement urbain continue d’avancer, inexorablement. Dans une note publiée à la mi-octobre, La Fabrique écologique, un think tank présidé par l’économiste Géraud Guibert, rappelait que la transformation de terres agricoles en zones urbanisées se poursuivait, dans les années 2010, à un rythme de 25 000 hectares par an. « La consommation foncière est la plus forte le long des axes routiers ainsi qu’autour des villes nouvelles et des grands pôles de développement économique », est-il souligné.

Entre 2007 et 2017, la population des communes peu denses a augmenté de 0,6 %, contre 0,4 % pour les communes denses, confirme l’Insee. Les impératifs familiaux pèsent dans la balance. Le choix d’un logement obéit à des critères comme le lieu d’emploi du conjoint, le cas échéant celui de l’ex-conjoint avec qui on partage la garde des enfants, sans oublier la qualité des collèges et lycées ou les activités extrascolaires…

Les lieux de vie, de travail et de loisirs continuent de s’éparpiller autour et loin des villes, ne laissant pas d’autre choix au particulier que de monter seul dans sa voiture

Ainsi, les lieux de vie, de travail et de loisirs continuent de s’éparpiller autour et loin des villes, ne laissant pas d’autre choix au particulier que de monter seul dans sa voiture. En outre, lorsque l’habitat se déplace plus loin, une partie de l’activité prend le même chemin, ajoute Sylvie Landriève, directrice du Forum Vies mobiles et coautrice de Pour en finir avec la vitesse (L’Aube, 15 euros) : « L’économie résidentielle, comme les services à domicile, les approvisionnements quotidiens, les restaurants ou le jardinage, accompagne les habitants. »

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