« L’Heure D », sur France 3 : la vie ordinaire de Wilfrid, animateur de lotos

Fils d’ouvrier, Wilfrid exerce plusieurs petits boulots, dont animateur de lotos, dans le documentaire de Léo Lagrafeuille.

FRANCE 3 – MERCREDI 30 JUIN À 23 H 30 – DOCUMENTAIRE

Parler des « vrais gens », aller à la rencontre des anonymes, de la France « profonde »… Le thème est récurrent, tant en politique – en période électorale – que dans les médias – en période estivale. « L’idée est de raconter une France qu’on voit peu », confirme Renaud Allilaire, du pôle de création documentaire de France Télévisions. La collection « L’Heure D » entame, à partir du 30 juin, sa sixième saison : quatorze documentaires, au rythme d’un ou deux chaque mercredi, en deuxième partie de soirée jusqu’au 1er septembre.

« Dans “L’Heure D”, comme dans “Infrarouge” [l’autre grande collection documentaire du groupe], il y a toujours eu cette volonté de raconter l’histoire de “petites gens” qui sont un peu à l’écart de la mondialisation », poursuit M. Allilaire. Encore faut-il rendre ces « invisibles » attrayants pour le public.

La caméra semble avoir été oubliée chez Wilfrid, qui vit seul dans un petit appartement avec sa mère Patricia

Pour y parvenir, la production a sélectionné uniquement des films d’auteur singuliers, soit par leur traitement soit par leur sujet. Dans le cas de Wilfrid, diffusé le 30 juin, c’est la profession du personnage central – animateur de lotos – qui l’extirpe de sa banalité ; sur la forme, la caméra semble avoir été oubliée chez ce jeune homme, qui vit seul dans un petit appartement avec sa mère Patricia. Elle repasse pendant qu’il lui explique l’intérêt de devenir « autoentrepreneur » pour se lancer.

Fils d’ouvrier, Wilfrid exerce plusieurs petits boulots. Au moment du tournage, qui s’est achevé fin 2020, il anime ponctuellement un stand dans un supermarché. Sa maman est fière d’aller le voir, « son » Wilfrid. La caméra suit son regard. « Les brioches, les melons… et mon fils. Il ne se laisse pas abattre. » Avec des mots simples, sans effusion, on sent le soutien et l’amour indéfectibles de la mère. « C’est à toi de t’imposer », lui dit-elle lorsque la clientèle se fait rare, voire inexistante.

« Ils n’ont rien dans le ciboulot »

Aucune question n’est directement posée aux protagonistes. Au téléspectateur d’interpréter ces boîtes de carton approximativement emballées de papier bleu ou rose, que Wilfrid charge dans sa fourgonnette estampillée « Wilfrid animations » sur chaque côté. Ce grand garçon un peu enveloppé a en effet une seconde vie. Un jour par semaine, il monte sur scène avec son micro, et anime des lotos, dans des maisons de personnes âgées, des mairies, lors de fêtes associatives…

Retour à la maison. « Ils n’ont rien dans le ciboulot. Ils pourraient pas être animateurs de lotos », dit-il à propos de collègues. Patricia s’est inscrite sur un site de rencontres, à la surprise du téléspectateur, qui ne sait que penser lorsque le fils lit les messages échangés entre sa mère et ses prétendants.

Malgré un agenda bien rempli, Wilfrid court le cacheton. Mais lorsqu’il se dandine de plaisir au volant de sa voiture – après avoir appris une bonne nouvelle professionnelle que nous ne dévoilerons pas –, difficile de réprimer un rire. Avant de culpabiliser aussitôt : n’y a-t-il pas un risque que les spectateurs se moquent ? « Je ne trouve pas, honnêtement, assure Renaud Allilaire. On n’est pas dans un “Strip-Tease” ! » Certes, concède-t-il, « on peut avoir envie de rire, mais avec le temps long, on dépasse cette vision. C’est l’avantage d’un film. Si on prend un extrait, il y a le risque de se moquer parce qu’on n’a pas le contexte. Mais, pour le coup, le regard du réalisateur dans la durée est profondément bienveillant. Et perceptible. »

Wilfrid, documentaire de Léo Lagrafeuille (Fr., 2021, 52 min). Diffusé dans le cadre de la collection « L’Heure D » sur France 3.