L’homme Courrèges d’à côté

FASHION WEEK – Mercredi, le belge Nicolas Di Felice, nouveau directeur artistique de Courrèges, présentait sa première collection masculine dans la droite ligne de sa vision sexy, pointue et populaire de la griffe du Space Age.

«C’est ma première collection masculine! De ma vie!» s’exclame Nicolas Di Felice, le directeur artistique de Courrèges. Et bien, pour une première, c’est un coup de maître. Un autre. Déjà au printemps dernier, la presse, unanime, avait salué le tout premier show (femme) du styliste belge, passé de l’ombre de Nicolas Ghesquière (il a officié dans son studio de création chez Balenciaga puis Louis Vuitton près de douze ans) à la lumière des podiums après sa nomination en 2020 à la tête du style de la marque d’André Courrèges.

Ce vestiaire masculin, resserré – une quinzaine de silhouettes seulement – et diablement efficace est dans la droite ligne de celui de cette nouvelle femme Courrèges toute en jambes, moulée dans une mini-robe trapèze, sexy, pointue et populaire. Dans la vidéo dévoilée hier sur internet, le même coin de cube blanc à ciel ouvert comme décor, même électro entraînant comme bande-son, même justesse entre perfection couture et formes standardisées. «Ces archétypes me sont chers, précise le trentenaire. Le premier look, justement. Cette parka a l’air d’être toute simple mais en fait, c’est une réinterprétation dans une fabrication générique d’un beau manteau des archives avec un soufflet et des manches kimono. Cette saison, j’ai voulu orienter mes recherches sur les tenues du public dans les festivals. J’avais envie de proposer des vêtements pour continuer à danser même quand il pleut.»

« J’aime les vêtements quand ils sont très simples mais truffés de détails et finitions couture. »

Nicolas Di Felice, directeur artistique Courrèges

Sur son moodboard, au milieu d’une jeunesse en transe dans les fosses de concerts, un cliché en noir et blanc d’André Courrèges datant de 1962 dans un caban à double boutonnage à carreaux, un sous-pull et un pantalon immaculés, posant devant sa boutique. Un pardessus que le styliste a simplifié et enfilé sur une veste de survêtement zippée. «J’aime les vêtements quand ils sont très simples mais truffés de détails et finitions couture.» Comme cette ligne d’épaule «triangulaire» qui rend la carrure ergonomique, très utilisée dans les collections du fondateur dans les années 1960-1970. Version 2012, le garçon Courrèges porte le blouson en vinyle emblématique sans manches, un pantalon 5 poches légèrement évasé, et une paire de sneakers.

Silhouettes de la collection homme printemps-été 2022 Courrèges Courrèges

À l’en croire, rendre désirable aujourd’hui l’univers rétrofuturisme du fondateur serait un jeu d’enfant. «Ce n’était pas mon rêve ultime de devenir DA, poursuit-il quand on le complimente sur la force de son message en seulement deux collections. Il y a très peu de maisons pour lesquels je me serais senti légitime. Mais la simplicité du propos, de la forme comme du fond, de Courrèges résonne en moi. Alors c’est vrai que j’ai su très vite ce que j’avais envie de faire.»

J’aime les vêtements quand ils sont très simples mais truffés de détails et finitions couture.» déroule donc le fil de sa mode arty et accessible, dorénavant adaptée à l’homme. À tous les hommes qu’ils aiment les uniformes ou les vêtements non genrés. «J‘ai lu une très belle phrase d’André Courrèges : Je m’inspire du sport – il était passionné de sport comme on le sait, de l’active wear mais surtout, je m’attelle à faire des vêtements qui donneront l’impression que les garçons qui les portent sont des garçons libres’. Cette liberté s’incarne aujourd’hui dans cette fluidité des genres.» Il n’a donc pas hésité à retravailler les combinaisons en maille côtelée, les débardeurs en mesh ou ajourés au scalpel sur le torse des filles. Et la version masculine – en tout cas ambiguë – de la petite veste carrée noire Courrèges, lancée dans les années 1960.