« L’Homme de la cave » : L’allégorie décalée d’un couple en proie à un voisin négationniste

Bérénice Bejo et Jérémie Renier dans « L’Homme de la cave » de Philippe Le Guay.

L’AVIS DU « MONDE » – POURQUOI PAS

Il y a souvent, dans les comédies de Philippe Le Guay, l’idée d’une vie tranquille, d’une routine, d’une retraite, soudain chamboulées par l’arrivée d’un imprévu. On se souvient, par exemple, dans Les Femmes du 6e étage, d’un bourgeois des années 1960 et du 16arrondissement trompant son mortel ennui en découvrant, à la faveur de l’arrivée de la nouvelle bonne, Maria, le monde inconnu et merveilleux des employées de maison espagnoles au dernier étage de son propre immeuble, où il se met à passer plus de temps que dans son propre appartement.

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Conservant l’allégorie de l’immeuble comme microcosme de la société, le réalisateur signe, avec L’Homme de la cave, le versant cauchemardesque de sa fantaisiste espagnolade. L’idée de la cave précédait pourtant celle du sixième étage, mais Le Guay hésitait à y descendre. On le comprend mieux en découvrant le film. Les Sandberg, couple mixte – Simon est juif ashkénaze (Jérémie Rénier), Hélène chrétienne (Bérénice Béjo) –, décide de vendre leur cave. M. Fozic (François Cluzet), un professeur d’histoire, se présente. Sa politesse et une situation visiblement compliquée pour lui inspirent confiance. Simon lui donne les clés avant même de signer le contrat et encaisse le chèque que celui-ci lui confie.

Mal lui en prend. En premier lieu, Fonzic, qui devait se contenter d’y ranger des affaires, s’installe en personne dans la cave. En second lieu, constatant qu’il ne peut l’en déloger, Simon fait des recherches et apprend que son acquéreur est une figure du milieu négationniste français. C’est le début d’un enfer domestique et juridique pour le couple Sandberg qui, épuisant les avocats, ne parvient ni à casser la vente ni à déloger l’intrus. Situation à proprement parler kafkaïenne sur laquelle Philippe Le Guay capitalise pour instiller un ton qui ménage à la fois l’inquiétante étrangeté (tache d’humidité sur les murs, relents pétainistes d’une assemblée de syndic, ombres méphitiques de la cave…) et la trivialité d’un problème de droit immobilier.

Bizarrerie malaisante

Le film, empreint d’une bizarrerie malaisante, conjoint des réussites et des maladresses. Le personnage de Fonzic concentre les premières. L’intelligence perverse, la plainte victimaire, l’appel à la liberté d’expression, Cluzet, le cheveu terne et le pardessus élimé, incarne tout cela avec une douceur filandreuse qui fait merveille. Le couple Sandberg, étoffé des familles respectives et des tensions afférentes, trop esquissées pour convaincre, s’impose plus difficilement.

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