L’homme qui a pris la mesure du mont Blanc

Jean des Garets, au sommet du mont Blanc, à 4807,81 mètres, le 17 septembre.

Vêtu d’un costume bleu, Jean des Garets se présente avec l’aisance d’un politique, à la fois volubile et souriant. Ce Haut-Savoyard d’adoption profite de son petit moment de gloire médiatique. Chargé du pilotage de l’opération mont Blanc, ce géomètre-expert a participé au travail de mesure du plus haut sommet d’Europe occidentale : 4 807,81 mètres, soit 91 centimètres de moins qu’en 2017, date de la dernière mesure.

« Deux à trois fois par semaine, je partais à 5 heures grimper quarante-cinq minutes au mont Verrier, avec un sac rempli d’une triplette de boules et de tout ce qui me passait par la main. »

« Mesureur de montagne », ça sonne comme un métier inventé pour les doux rêveurs. Mais c’est peu dire qu’il n’était pas programmé pour cela. « Pour en arriver là, c’est comme pour arriver au ­sommet, il y a plusieurs voies ­possibles », dit-il. Lui a traîné ses doutes d’adolescents pendant tout son lycée, qu’il a fait en cinq ans dans le Beaujolais. Jusqu’à sa rencontre avec un ­géomètre-expert. « Il y avait du conseil, du droit, des maths, de l’extérieur, de la pratique physique… Ça me correspondait bien ! »

Il a dû prêter serment, un passage obligatoire depuis la création de l’ordre des géomètres-experts, en 1946. En ­l’évoquant, il le récite. « Je jure sur mon honneur d’exercer la profession de géomètre-expert avec conscience et probité, d’être loyal et correct à l’égard de mes confrères et ­d’observer les textes régissant la profession. » Avec son épouse, il se voyait lancer sa carrière en Nouvelle-Calédonie. Mais le handicap de l’un de ses fils, né avec la maladie de Hirschsprung, l’a poussé à se stabiliser en ­métropole. Il a donc atterri en Haute-Savoie en 2006, un peu par hasard.

Un entraînement de sportif

« Quand j’ai commencé mon métier, pas une seconde je n’aurais pensé faire ça un jour », concède-­t-il. Dresser des plans, mesurer et délimiter des propriétés, oui. Mais mesurer une montagne, ça, non, jamais. Jusqu’alors, il n’avait gravi aucun sommet, à peine pratiqué la randonnée. Ça lui est tombé dessus. « Celui qui devait s’en charger a démissionné pendant la période Covid. En tant que vice-président de la chambre départementale des géomètres de Haute-Savoie, j’ai dû reprendre le pilotage de l’opération. » Il lui a fallu se transformer du jour au lendemain.

Ce père de cinq enfants, qui avait laissé le sport de côté depuis des années, a donc dû s’entraîner. Beaucoup. « J’ai dû perdre 10 kg en dix mois. Et travailler mes cuisses. Je n’avais pas le choix. Deux à trois fois par semaine, je partais à 5 heures du matin grimper quarante-cinq minutes au mont Verrier, avec un sac rempli d’une triplette de boules et de tout ce qui me passait par la main. » Peu de sommeil, moins de nourriture, beaucoup d’efforts physiques. Le 16 et le 17 septembre, dates de l’expédition, il est parti avec son équipe constituée de 27 personnes : ­géomètres-experts, guides de haute montagne et membres des entreprises partenaires du projet.

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