Libourne, ville sous surveillance

Par et Marlène Awaad/IP3

Publié aujourd’hui à 09h53, mis à jour à 16h33

« Bonjour. Vous êtes dans une zone où le port du masque est obligatoire, veuillez le mettre. » Le passant s’arrête, interloqué, regarde autour de lui, cherche à comprendre d’où vient cette voix presque divine. Dans la salle du centre de supervision urbain (CSU), Fabien Ratouin, brigadier-chef principal et opérateur vidéo, regarde déjà une autre image. Une vingtaine d’écrans sont allumés, permettant d’observer une centaine de points névralgiques. Les fenêtres des maisons sont noircies pour préserver la vie privée des habitants, mais tout le reste est visible et placé sous la surveillance de caméras dont l’une, expérimentale, est « parlante ». « J’ai cru que le terrain allait me manquer, mais en fait non », raconte M. Ratouin, ancien gendarme, alors qu’il zoome sur l’entrée du lycée Max-Linder. La veille, une agression devant une agence BNP a tout de suite été repérée, et l’agresseur arrêté.

L’hôtel de ville de Libourne (Gironde), le mardi 28 septembre 2021, jour de marché.
Dans le centre de supervision urbain de la police de Libourne (Gironde), le 28 septembre 2021. A gauche, sur l’écran défile la liste des caméras de la ville. A droite, le micro permettant de communiquer avec les passants grâce à la caméra « parlante » de la rue Clément-Thomas.

Depuis le début de l’année, la ville de Libourne est dotée de cet outil sécuritaire, qui place cette bourgade girondine de 25 000 habitants à la pointe des techniques de vidéosurveillance. « Le dispositif joue sur la honte publique. C’est très efficace », résume Jean-Louis Arcaraz, adjoint au sport, à la sécurité et la prévention. L’évolution de la technologie permet de cadrer une plaque d’immatriculation ou de rechercher un homme en tee-shirt rouge à travers la ville. Les images sont envoyées dans les voitures de police et à la gendarmerie. Conservées trente jours, elles peuvent être réquisitionnées, en cas de besoin, par un officier de police judiciaire.

100 « Fragments de France »

A six mois de l’élection présidentielle, Le Monde brosse un portrait inédit du pays. 100 journalistes et 100 photographes ont sillonné le terrain en septembre pour dépeindre la France d’aujourd’hui. Un tableau nuancé, tendre parfois, dur souvent, loin des préjugés toujours. Ces 100 reportages sont à retrouver dans un grand format numérique.

Depuis 2016, les 20 membres de la police municipale sont eux-mêmes équipés de caméras destinées à filmer les interpellations. « J’ai une fois été agressé par un homme qui a nié ensuite au tribunal, se souvient Olivier Horrut, responsable du service. Les images ont pu rétablir la vérité. Elles nous protègent comme elles protègent le citoyen. Un opérateur vidéo vaut deux patrouilles. Mais il faut de l’humain derrière la caméra. »

Cambriolages évités

« L’humain » est aussi derrière un projet encore plus étonnant, lié au logiciel Smart Predict. Testé ici depuis deux ans, ce dernier est pleinement opérationnel depuis dix mois. Nourri des « mains courantes », des remontées d’interventions et de tout ce que peuvent y ajouter, selon les circonstances, bailleurs, soignants, assistants sociaux, etc., il fait pour ainsi dire basculer le service de police municipale de Libourne dans Minority Report (2002), le film de Steven Spielberg, avec Tom Cruise, dans lequel trois mutants doués de précognition peuvent prédire les crimes à venir.

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