Licences de pêche dans la Manche : Paris veut une solution d’ici au 1er novembre avec Jersey

L’ultimatum se précise. Alors que le secrétaire d’Etat français aux affaires européennes a réclamé d’ici au 22 octobre des « signaux concrets sur la question des licences » de pêche post-Brexit octroyées par l’île anglo-normande de Jersey aux pêcheurs français, la ministre française de la mer va plus loin.

A l’issue d’un entretien avec le vice-président de la Commission européenne Maros Sefcovic et le commissaire chargé de la pêche Virginijus Sinkevicius, vendredi 15 octobre, Annick Girardin a déclaré qu’elle voulait une solution d’ici au 1er novembre.

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L’échéance reste « obligatoirement le 1er novembre, puisque fin octobre, c’est la dernière limite pour que Jersey donne ses réponses aux demandes de licences » des pêcheurs français, qui ont jusqu’à cette date pour lui fournir les documents requis, a-t-elle expliqué à Bruxelles.

« On est à deux semaines de cette décision [de Jersey]. Rien n’est aujourd’hui écarté, ni par la France, ni par la Commission européenne », qui négocie au nom de Paris avec Londres, a souligné la ministre qui rencontrera les responsables de l’île anglo-normande de Jersey, lundi à Paris.

Mercredi, la France avait fait savoir qu’elle prendrait des mesures de « réplique », voire de « rétorsion », « d’ici à peu près huit jours » si Jersey n’accordait pas plus de licences aux pêcheurs français. Elle menace notamment de réduire ses livraisons d’électricité à l’île et de cibler son secteur clé des services financiers.

« La Commission doit lister les mesures de rétorsion prévues dans l’accord [commercial post-Brexit]. Il est évident que si la Commission n’agissait pas, si le Royaume-Uni et Jersey n’étaient pas au rendez-vous de la confiance, il faudra pouvoir agir de notre propre chef. »

Jersey juge les menaces de Paris « disproportionnées »

L’accord post-Brexit, conclu in extremis fin 2020 entre Londres et Bruxelles, prévoit que les pêcheurs européens puissent continuer à travailler dans certaines eaux britanniques à condition d’obtenir une licence, accordée s’ils peuvent prouver qu’ils y pêchaient auparavant.

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Mais Français et Britanniques se disputent sur la nature et l’ampleur des justificatifs – notamment pour les petits navires dépourvus de système de traçage ou les bateaux neufs ayant remplacé une embarcation plus ancienne.

Dans les zones de pêche encore disputées (zone des 6-12 milles des côtes britanniques et îles anglo-normandes), Londres et Jersey ont accordé au total quelque 200 licences définitives, alors que Paris en réclame encore plus de 230, dont une centaine à Jersey et près d’une soixantaine pour l’île voisine de Guernesey.

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Le gouvernement local de Jersey, compétent pour ses zones de pêche, a annoncé vendredi avoir accordé deux licences supplémentaires à des pêcheurs français, tout en appelant au calme et jugeant les menaces de Paris « disproportionnées ».

Le Monde avec AFP