« L’idée de mettre à l’écart des citoyens et des clients nous est insupportable » : les lieux culturels face au passe sanitaire

Un contrôle de passe sanitaire au cinéma le Grand Rex à Paris, le 21 juillet 2021.

Ils croyaient enfin revivre, revoir leurs spectateurs. Partager avec eux leur enthousiasme après tant de mois de fermeture. Le public revenait timidement mais sûrement. Mercredi 21 juillet, il a fallu en rabattre. Cinémas, théâtres, salles de concerts… tous les lieux accueillant plus de 50 personnes sont désormais obligés de réclamer un passe sanitaire au public. Entre scepticisme et désarroi, les premières heures de cette contrainte liée à la nouvelle flambée de l’épidémie de Covid-19 ont atteint le moral du milieu culturel déjà bien sombre.

Comment, en effet, contrôler sans être intrusif et garder le côté ludique et festif ? Surtout qu’il a fallu s’organiser en catastrophe, en pleine saison estivale. Avant l’ouverture du Théâtre Molière dans le centre-ville de Bordeaux (Gironde), le directeur, Xavier Viton, assurait « appréhender terriblement » ce moment. Pour que ses employés n’aient pas à affronter d’éventuelles réactions vindicatives de la part de spectateurs mécontents, il se chargera lui-même des contrôles. Ces nouvelles normes, il n’est pas contre, mais leur mise en œuvre est, à ses yeux, « décalée » : « Ce n’est pas à nous de vérifier ces passes sanitaires », lâche-t-il.

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L’appréhension est aussi palpable à Avignon (Vaucluse), où le Festival bat son plein. Les théâtres ont affiché les consignes : sésame sanitaire ou test PCR de moins de soixante-douze heures ou test antigénique de moins de quarante-huit heures. Fanny Laurent, administratrice du Théâtre des Lucioles, dit que son équipe est au taquet mais craint les conséquences des nouvelles contraintes sur la fréquentation. « Ce qui prend du temps, c’est qu’on doit vérifier à la fois la validité du passe ou du test mais aussi demander la preuve de son identité à chaque spectateur » – mercredi à la mi-journée sur TF1 le premier ministre, Jean Castex, a annoncé que les responsables d’établissement n’auront pas à faire cette vérification d’identité.

Même inquiétude au Théâtre des Halles, où Alexandra Timar, directrice adjointe, évoque une chute des réservations, en particulier de groupes de jeunes qui annulent leur venue : « Le public est plutôt compréhensif. Ce matin, sur 200 personnes, on a refusé l’entrée à trois qui n’avaient pas de passe sanitaire. On tente de conserver l’esprit festif, mais avec ce côté contrôle, c’est assez difficile. »

« Trouver la bonne manière »

Trop rapide, décidé dans la précipitation… les critiques sur l’impréparation de ce nouveau protocole reviennent comme un leitmotiv. Au Couvent Levat de Marseille (Bouches-du-Rhône), qui s’apprête à inaugurer le festival Ciao Moka, la consigne est d’être « souple ». « On se donne une semaine pour trouver la bonne manière », avance Karine Terlizzi, directrice de Juxtapoz qui gère le site. Là aussi, on s’interroge sur la responsabilité des contrôles exigés : « Cela stresse les équipes, soulève des questions : est-ce à nous de jouer le rôle de l’État, de faire la police ? », pointe la Marseillaise. Dans ce lieu situé à la Belle-de Mai, un des quartiers les plus populaires, on redoute l’impact des nouvelles mesures auprès d’un public de proximité déjà difficile à séduire. « C’est une population pour qui la vaccination n’est pas forcément facile à envisager. Est-ce que cela va nous couper d’elle ? »

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