« L’idée que Facebook place les profits avant les gens est fausse »

Monika Bickert témoigne devant une audience de la sous-commission de la protection des consommateurs et du commerce de la Chambre des représentants sur le thème «  Les Américains en danger : manipulation et tromperie à l’ère numérique  », mercredi 8 janvier 2020, au Capitole, à Washington.

Dans la tourmente depuis trois semaines, Facebook tente désormais de contre-attaquer. « L’écrasante majorité de ce qui a été évoqué dans la presse ne correspond pas à l’expérience que j’ai de cette entreprise », a assuré, vendredi 8 octobre au Monde, Monika Bickert, la responsable des politiques publiques, notamment de modération et d’affichage des contenus, de Facebook et d’Instagram. Evoqués dans une série d’enquêtes du quotidien américain Wall Street Journal, puis dans une audition au Sénat américain, les documents internes emportés par la lanceuse d’alerte Frances Haugen suggèrent que la direction de l’entreprise est au courant de nombreux problèmes de ses services, mais n’agit pas, ou trop peu.

Cette fois, Facebook ne présente pas d’excuses, comme lors du scandale du détournement de données personnelles par l’agence Cambridge Analytica, en 2018. Mme Bickert est à l’offensive. « Suggérer qu’on ne donne pas la priorité à la sécurité de nos utilisateurs est tout simplement faux. L’idée que nous plaçons les profits avant les gens est fausse », affirme la dirigeante arrivée chez Facebook en 2012, citant comme preuve le fait que la société mène justement des recherches internes comme celles citées par la lanceuse d’alerte.

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Concernant Frances Haugen, l’attitude est également sèche, voire hostile : celle-ci n’est désignée que comme une « ex-employée », qui a « volé des documents ». Facebook va-t-il la poursuivre en justice ? « Je ne peux pas vous dire si nous porterons plainte, mais je ne pense pas que la manière dont elle déforme ces documents ou prétend comprendre la manière dont nous travaillons sur ces sujets soit utile à la compréhension du grand public », répond Monika Bickert.

Sur le fond, le réseau social se veut rassurant. « Dire qu’Instagram est un endroit toxique pour les ados », comme le suggère l’un des articles du Wall Street Journal, « n’est pas juste », déclare Mme Bickert. « Instagram est une partie importante et positive de la vie sociale de beaucoup d’entre eux. » A propos de l’étude interne qui montrait que l’application aggravait l’état psychique de certains adolescents, Mme Bickert évoque un bilan plus contrasté. « Quand on a interrogé des jeunes filles qui avaient déjà des problèmes de mal-être, sur onze des douze sujets évoqués, elles ont répondu qu’Instagram améliorait les choses ou ne changeait rien », argumente-t-elle, avant de reconnaître que, sur le douzième (la représentation du corps), un pourcentage plus grand a répondu qu’Instagram empirait les choses.

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