Liga, Tournoi des six nations, All Blacks… Quand l’intérêt des fonds d’investissement séduit et inquiète le monde du sport

Des supporteurs regardent un match du championnat espagnol dans un bar, à Barcelone, le 15 août 2021.

Ledevenir sportif de Lionel Messi n’a pas été le seul feuilleton estival du ballon rond espagnol. L’accord entre la Liga, l’organe qui gère le football professionnel dans le pays, et CVC Capital Partners, un des plus grands fonds d’investissement au monde, secoue la péninsule Ibérique. Il a été entériné, le 12 août, par 38 des 42 clubs composant les première et deuxième divisions espagnoles mais les deux poids lourds, le Real Madrid et le FC Barcelone, s’y opposent.

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Ce protocole octroie au fonds d’investissement basé à Londres une part d’environ 11 % des revenus audiovisuels et non audiovisuels du championnat pendant cinquante ans, de même qu’une participation de 10 % au capital d’une nouvelle entité commerciale, LaLiga Impulso, contre un paiement de 2,1 milliards d’euros. Depuis, fans et clubs se déchirent. Florentino Pérez, le président du Real Madrid et soutien d’une Super Ligue européenne, menace d’attaquer les promoteurs de la transaction, dont Javier Tebas, le président de la Liga.

A l’autre bout du monde, ce sont les joueurs de rugby néo-zélandais qui s’arc-boutent depuis des mois pour empêcher le fonds d’investissement Silver Lake de prendre 15 % de la société gérant les droits commerciaux des All Blacks. Une opération, bénie début 2021 par la fédération néo-zélandaise de rugby, qui valorise cette franchise à 2,2 milliards de dollars (1,8 milliard d’euros).

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Pour les stars au maillot noir, Sam Cane et autres Aaron Smith, le « lien spécial et la nature de ce que le rugby représente en Nouvelle-Zélande » pourraient être remis en cause par cette transaction, ont-ils écrit dans une lettre dévoilée en mars par le New Zealand Herald. Et de pointer « un risque inhérent d’appropriation culturelle, réelle ou ressentie, sachant que Silver Lake est un fonds d’investissement américain ». « Dans les représentations du public : l’équipe est un bien national », résume le sociologue Michel Raspaud, professeur à l’université Grenoble-Alpes.

Pacte faustien

En France, une controverse s’est aussi déclenchée dans le rugby, à l’occasion de l’entrée de CVC au capital du Tournoi des six nations. « Un fonds d’investissement, ce n’est pas le diable », concède Florian Grill, membre du comité directeur de la Fédération française de rugby (FFR).Lui était pourtant opposé à un tel accord, qui, à l’entendre, relève d’un pacte faustien : « On vend les bijoux de famille pour financer nos pertes d’exploitation ; on fait gonfler la bulle financière du rugby au détriment des clubs amateurs ; on donne à un acteur financier, non sportif et qui vient pour faire une plus-value, des droits qui ne devraient pas être concédés. » CVC dispose en l’occurrence d’un droit de veto sur l’entrée ou la sortie de nations dans le tournoi.

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