Lilly Wood and The Prick : « Finalement on l’a fait, ce tour du monde »

Portrait des membres du groupe Lilly Wood and The Prick, Nili Hadida et Benjamin Cotto, à Marseille, le 21 juin 2021.

Ça leur rappelle leurs débuts. Elle et sa voix, lui et sa guitare, seuls sur la petite scène devant un public aussi occupé à boire qu’à écouter. « Somewhere to go… Right there is somewhere to go… » La mer à leurs pieds se jette sur la corniche. Au loin, derrière les îles du Frioul, le soleil se couche sur l’Estaque.

Il fait cette fraîcheur des soirs d’été. Marseille célèbre la nuit qui vient. Au club des Dauphins, Lilly Wood and The Prick – qui reste, au bout de dix ans, le deuxième groupe le plus recherché sur Shazam, l’application qui vous permet de connaître le nom du morceau que vous écoutez – joue les chansons de son nouvel album. De l’autre côté, en contrebas, les derniers gamins sortent de l’eau sur la plage du Prophète.

Elle, c’est Nili Hadida, alias Nili Ben Meir, alias Nili Gamet – le nom de sa mère, celui de son père, et celui de son beau-père, empruntés tour à tour. La chanteuse est née à Tel-Aviv de parents qui n’avaient en commun que d’avoir chacun perdu leur père alors qu’ils n’avaient pas 2 ans. Tué pendant la guerre de 1948 en Palestine côté paternel ; assassiné à Oran pendant la guerre d’indépendance (1954-1962) côté maternel. Les parents de Nili se séparent quand elle a trois mois, et refont chacun leur vie, et des familles. Tout ça laisse des traces : l’amour des tribus et une jeunesse chaotique.

« Ce n’était pas facile de me contrôler, convient-elle. Mes parents ont eu l’intelligence de me laisser faire ce que j’avais à faire. » Elle arrête l’école en 4e. De ses errances adolescentes, elle ne dira guère que des soupirs. Toujours est-il que la voilà envoyée à Palo Alto, en Californie, où son père a emménagé. Elle a 17 ans. Effet pire que le remède pour la jeune fille qui fréquente les plages à surfeurs de Santa Cruz. Retour à Paris. Petits boulots : assistante, vendeuse… et le rêve d’un tour du monde. Mais l’argent économisé lui file entre les doigts.

Temps héroïques

« Finalement, on l’a bien fait ce tour du monde » : lui, c’est Ben. Benjamin Cotto. Pratiquement tout le contraire. Parisien sur au moins trois générations. Des parents qui fêtent leurs cinquante et un ans de mariage, habitent vers la Bastille, et un seul frère de quatorze ans son aîné. Et pas le bac non plus. Pour avoir séché une épreuve. Lui, c’est le pragmatique : « Je ne voulais pas faire d’études. Je voulais travailler, gagner de l’argent, vivre une vie d’adulte. » Au lycée, il a fait option cinéma, et tourné des petits films, des documentaires…

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