Limitations à 30 km/h : « Les transports en commun n’ont pas assez accompagné le développement de la ville permis par la vitesse »

Tribune. Le débat fait rage entre les partisans de la limitation à 30 km/h en ville et ceux qui veulent conserver une vitesse à la voiture. Pour les premiers, il s’agit d’une condition nécessaire à la lutte contre la voiture, source de pollution, de bruit et d’émissions de gaz à effet de serre ; pour les autres, il s’agit de conserver l’accès à la ville. La ville est le lieu des opportunités et permet de densifier les échanges sur un territoire restreint avec une offre importante de culture, de biens et services, d’emplois.

Cet effet d’agglomération a cependant un inconvénient : la congestion. La vitesse a historiquement permis de dédensifier la ville avec des avantages notables : une meilleure répartition des emplois (Paris a ainsi perdu en cinquante ans deux cent mille emplois qui se sont relocalisés en périphéries), des conditions de logement améliorées avec des logements plus grands et moins chers, un accès facilité à la ville.

Si la ressource rare pour les habitants des pays riches que nous sommes est le temps, pour une ville, c’est l’espace public

Alors qu’en 1900 nous parcourions 4 km/j, nous en sommes aujourd’hui à 40 km/j avec toujours une heure de déplacement quotidien soit une multiplication par dix de la vitesse de déplacement. Cette révolution est le résultat d’une multiplication par dix du produit intérieur brut (PIB) par habitant et des progrès techniques, les modes lents ayant été supplantés par des modes rapides, l’augmentation générale des revenus nous ayant permis d’augmenter nos programmes d’activités à travers une démocratisation de la vitesse.

Aujourd’hui, dans une époque d’abondance, la ressource rare, c’est le temps et c’est ce qui explique cette appétence pour la vitesse. La vitesse a permis l’étalement urbain, honni par les partisans de la ville du quart d’heure : ce débat sur la configuration de la ville est le même que celui sur la vitesse. La ville a ainsi toujours été le lieu de la recherche d’un équilibre entre les inconvénients de la vitesse et ceux de la densité.

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Cependant depuis vingt ans, les distances parcourues par habitant chaque jour n’augmentent plus : la vitesse a atteint un plafond. Ce n’est donc pas un hasard si un projet comme Hyperloop – un transport à 1 000 km/h dans un tube sous vide – apparaît dans ce contexte : il s’agit pour ses promoteurs de franchir un nouveau seuil et d’améliorer la mobilité en diminuant les temps de parcours. Pourtant Hyperloop, sans parler du coût exorbitant de cette solution, est voué à l’échec parce qu’il néglige le besoin essentiel d’une ville : le débit, c’est-à-dire le nombre de personnes transportées par heure.

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