L’Inde sous la menace du retour de l’inflation

Lors d’un rassemblement contre la hausse des prix de l’essence, à New Delhi, le 9 juillet 2021.

L’image a produit son petit effet. Ripun Bora, député du Parti du Congrès (opposition), élu de l’Etat de l’Assam, dans le nord-est de l’Inde, est arrivé au Parlement à bicyclette, le 29 juillet. Une pratique hors du commun dans un pays où le climat très chaud et très humide dissuade en général les usagers des deux-roues. M. Bora souhaitait ainsi dénoncer devant les caméras de télévision la hausse inédite des prix des carburants depuis le printemps.

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« Le gouvernement ne nous permet pas de discuter de questions telles que la hausse exorbitante de l’essence. Il ne nous reste qu’à manifester », a-t-il déclaré, le buste couvert d’une affiche dénonçant le grand retour de l’inflation. Aussitôt passées les élections régionales dans l’Assam, mais aussi au Bengale-Occidental, au Kerala et au Tamil Nadu, début mai, le litre à la pompe, jusqu’alors maintenu à un niveau stable par le gouvernement de Narendra Modi, s’est mis à augmenter dans des proportions inquiétantes, au point de franchir la barre psychologique des 100 roupies (1,14 euro).

Le prix de l’essence est supérieur de 32,9 % et celui du diesel de 31,5 % à ce qu’ils étaient en août 2020

Un prix inaccessible à l’immense majorité des Indiens, plus des deux tiers de la population (68,8 %) devant vivre au quotidien avec moins de 2 dollars (1,70 euro), pour un salaire minimum fixé à 176 roupies par jour. Depuis, la situation ne s’est pas améliorée, dissuadant les conducteurs les plus défavorisés de faire le plein. Vendredi 6 août, le litre d’essence était vendu à 101,9 roupies le litre dans la capitale, Delhi, et se révélait encore plus cher dans les autres grandes métropoles : 102,5 roupies à Chennai (ex-Madras), 105,3 roupies à Bangalore et 107,9 roupies à Bombay, la capitale commerciale.

La demande pétrolière a certes augmenté sur le marché mondial, après une année 2020 au ralenti, du fait de la pandémie de Covid-19. Mais, comme le souligne le quotidien Indian Express, « ce sont les taxes de l’Etat central et des Etats fédérés qui sont la principale raison de la hausse ». Le prix de l’essence est supérieur de 32,9 % et celui du diesel de 31,5 % à ce qu’ils étaient en août 2020. A Delhi, les taxes représentent près de 56 % du prix à la pompe de l’essence et un peu plus de 50 % du prix du diesel.

« Une situation très alarmante »

Si certains Etats, comme le Rajasthan, le Bengale-Occidental ou l’Assam, se sont interdit d’augmenter les taxes régionales en 2020, afin de ne pas aggraver la crise économique provoquée par le coronavirus, l’Etat fédéral dirigé par le gouvernement du nationaliste hindou Narendra Modi a relevé les droits d’accise sur l’essence de 13 roupies par litre et sur le diesel d’environ 16 roupies par litre, pour limiter la chute de ses recettes et l’envolée du déficit public.

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