Lireka, la libraire en ligne qui veut concurrencer Amazon en vendant des livres en français dans le monde

La librairie Arthaud, à Grenoble, ancre physique de la librairie en ligne Lireka.

Concurrencer frontalement Amazon pour vendre des livres français dans le monde entier : c’est le pari culotté que relèvent deux anciens cadres du géant du commerce en ligne, Emmanuelle Henry et Marc Bordier. Tous deux ont lancé, début octobre, Lireka, une librairie en ligne destinée aux 2 millions de Français expatriés et aux 235 millions de francophones vivant hors de France. Ils promettent « des tarifs inférieurs à ceux pratiqués par Amazon.com et des délais de livraison équivalents dans le monde entier ».

Selon Marc Bordier, président de cette start-up, ce pari est possible grâce « aux forts taux de remise négociés avec les éditeurs, aux tarifs préférentiels consentis par les transporteurs, comme DHL, et enfin à nos coûts fixes peu élevés ». Emmanuelle Henry, directrice générale, souligne que « le panier moyen des clients aux Etats-Unis s’élève à 55 euros ». Or la vente de plusieurs ouvrages à la fois s’avère plus rentable pour Lireka, puisque le prix d’envoi d’un colis n’est lié que pour partie à son poids.

De plus, le prix du livre n’est pas réglementé hors des frontières hexagonales, ce qui permet parfois, en abaissant le prix de base, de compenser les frais de port. Lireka facturera par exemple à un client new-yorkais le prix Goncourt 2020, L’Anomalie, d’Hervé Le Tellier (Gallimard), à 23,60 dollars port compris (l’équivalent de 20 euros, son prix en librairie en France), là où Amazon demande 29,36 dollars. En revanche, l’envoi d’un seul livre de poche, même vendu plus cher que dans l’Hexagone, fera perdre de l’argent à la start-up. « C’est un système de péréquation », explique Marc Bordier.

« Les complémentarités de la librairie physique et en ligne »

Longtemps expatriés dans des pays anglo-saxons et déçus par l’offre d’Amazon, qu’ils jugent trop faible en ouvrages en français, les deux dirigeants ont d’abord racheté en octobre 2020 la librairie Arthaud, en plein cœur de Grenoble. Cette institution propose un fonds de 80 000 titres et emploie 32 salariés. « Nous nous appuyons sur les complémentarités de la librairie physique et en ligne », expose Marc Bordier. Il revendique un accès à un catalogue de plus de 1 million de titres. Majoritaires dans le capital de Lireka avec 87 % des parts, aux côtés, notamment, d’une société de développeurs informatiques tchèques, les fondateurs visent un bénéfice net dès 2023.

Cette structure fonctionne aussi dans l’Hexagone moyennant, comme Amazon, 1 centime pour la livraison d’un livre. Mais, pour mettre fin à la distorsion de concurrence entre le géant de la logistique et les librairies indépendantes, les députés ont permis, le 6 octobre, l’instauration de frais de port minimums, qui seront fixés par arrêté.

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