Lise Boëll, l’éditrice des « réacs », tourne la page Albin Michel

Lise Boëll, chez Albin Michel, en 2021.

À 54 ans, Lise Boëll commence à avoir le cuir tanné. Elle n’est pas du genre à s’épancher, surtout pas dans la presse. Directrice éditoriale non-fiction chez Albin Michel, l’éditrice d’Éric Zemmour, souvent présentée comme « l’éditrice des réacs », se retrouve, malgré elle, au centre du feuilleton politico-éditorial de l’été… Le 29 juin, les éditions Albin Michel ont annoncé qu’elles ne publieraient pas le prochain essai du polémiste chroniqueur à CNews, dont la sortie était pourtant annoncée en septembre, créant un véritable séisme dans le petit monde du livre.

« Nous avons échangé en termes très francs, avec Éric, qui m’a récemment confirmé son intention de s’engager dans la présidentielle et de faire de son prochain livre un élément-clé de sa candidature, a expliqué le directeur général d’Albin Michel, Gilles Haéri, dans un communiqué. Éric Zemmour a décidé de changer de statut, il veut devenir un homme politique, engagé dans un combat idéologique personnel, qui ne correspond tout simplement pas à la ligne éditoriale d’une grande maison généraliste comme Albin Michel. » Furieux, Zemmour, défendu par l’avocat Arnaud de Senilhes, a assigné la maison d’édition en justice pour « résiliation fautive de contrat ».

Lire aussi Albin Michel décide de ne plus éditer les livres d’Eric Zemmour

Lise Boëll, elle, est partie se mettre au vert en attendant que la tempête se calme. Elle ne répond à personne. Une autre de ses plumes à succès, Philippe de Villiers, vient d’annoncer qu’il quittait lui aussi Albin Michel, par solidarité avec Éric Zemmour. Or, en perdant ses deux principaux auteurs de best-sellers (le premier a vendu 250 000 exemplaires de Le moment est venu de dire, le second a atteint les 470 000 exemplaires avec Le Suicide français), l’éditrice, contestée en interne, se trouve très fragilisée. Alors que Gilles Haéri évoque son départ en interne, Lise Boëll est contrainte de prendre un avocat. Après quelques jours de négociation, elle annonce son départ mardi 6 juillet.

Article réservé à nos abonnés Lire aussi Auteurs sulfureux : les éditeurs pris entre plusieurs feux

Le profil de Lise Boëll, qui agrège autour d’elle des figures de la réacosphère, comme Alexandre Devecchio, rédacteur en chef du FigaroVox, ou Éric Brunet, éditorialiste à LCI, est aussi atypique que clivant. Cette quinquagénaire à l’allure sportive donne depuis toujours ses rendez-vous au café situé en face de son domicile du 11e arrondissement. C’est là, en écoutant les discussions de comptoir, que cette castagneuse de droite, fille de pied-noir, a trouvé le titre du Suicide français.

Article réservé à nos abonnés Lire aussi Lise Boëll, de Dora l’exploratrice à Eric Zemmour

En tant qu’éditrice, elle revendique une vision plus commerciale que politique. Héritage, sans doute, d’un parcours hors norme à Saint-Germain-des-Prés. Après avoir débuté dans la publicité, elle est passée par TF1 à la fin des années 1990, avant de rejoindre la maison de la rue Huyghens, il y a vingt-cinq ans. Là, elle a commencé par s’occuper des licences pour la jeunesse, comme Dora l’exploratrice et Calimero, qui ont rapporté énormément d’argent à Albin Michel. Ce n’est qu’en 2010 qu’elle investit vraiment le champ politique. À la demande du directeur d’alors, Richard Ducousset, elle « chasse » Éric Zemmour, qui s’apprêtait à rempiler chez Fayard. « Elle l’a “chopé” en un texto ! se souvient une collaboratrice. Elle ne savait pas dans quoi elle allait s’embarquer… »

Il vous reste 50.37% de cet article à lire. La suite est réservée aux abonnés.