L’Islande se rêve en terre promise des data centers

Site du data center de l’entreprise Verne Global, à Reykjanesskagi, en Islande, le 27 juillet 2021.

Les pas d’Helgi Helgason résonnent le long du couloir blanc, au calme trompeur : de l’autre côté du mur, des milliers d’ordinateurs grésillent jour et nuit. « Ce sont des machines de calcul haute performance, détaille-t-il. Elles réalisent des simulations de crash test ou autre pour nos clients, comme BMW ou Volkswagen. » Il ouvre l’une des portes et invite à le suivre sur la pointe des pieds.

A l’intérieur, le raffut, pareil à une armée de ruches bourdonnantes, est vite insupportable. Une brise d’air froid filtré depuis l’extérieur file entre les étagères, où les supercalculateurs s’empilent. L’air chaud qu’ils produisent est aspiré par un système de ventilation et rejeté dehors. « Plusieurs de nos clients se partagent ce hall-là, mais le précédent est réservé à un seul d’entre eux. Même moi, je n’ai pas le droit d’y entrer », ajoute Helgi Helgason, tout en remontant la fermeture de sa veste. Pour rejoindre l’autre bâtiment, un immense hangar recouvert de tôle beige, il doit affronter la pluie torrentielle de l’automne islandais.

Cinquante à cent personnes, salariés et sous-traitants, s’activent chaque jour ici, sur les 18 hectares du site de Verne Global, le premier data center (centre de données) construit en Islande. Les travaux ont débuté en 2007 : un an auparavant, le terrain était encore occupé par une base militaire américaine. Celle-ci constituait le poumon économique de Reykjanesskagi, la « péninsule du cap des fumées », à une quarantaine de kilomètres de la capitale, Reykjavik. « Sa fermeture, deux ans avant la crise financière de 2008, avait fait exploser le taux de chômage local à près de 20 % : un traumatisme », se souvient Helgi Helgason, le directeur général de Verne Global. Aujourd’hui, l’enceinte ultrasécurisée n’abrite plus les avions de combat de l’Air Force, mais des équipements high-tech. Une renaissance symbolique, illustrant le nouveau credo de l’économie islandaise : les data centers.

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L’île volcanique en compte déjà quatre grands, offrant leurs services de calcul haute performance (en anglais, HPC pour High Performance Computing) à plusieurs entreprises clientes, pour la plupart issues de l’industrie, de la recherche et des services. « C’est la niche sur laquelle nous nous sommes spécialisés », explique Einar Hansen Tomasson, de Business Iceland, l’agence chargée de promouvoir le pays auprès des investisseurs étrangers. Son slogan, « l’Islande est la destination la plus cool pour les data centers », joue sur les deux sens du mot « cool » en anglais : sympathique et frais.

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