Livres jeunesse : des pages qui jouent avec leurs pages

• Au bonheur des apprentis artistes

Planche d’« Une expo idéale », d’Hervé Tullet.

Auteur de plus de 80 livres jeunesse, Hervé Tullet a lancé en 2018 le concept d’« expo idéale », une méthode d’apprentissage artistique visant à stimuler la créativité des enfants par le biais de techniques basiques, exonérées de tout critère esthétique : le dessin spontané, le découpage, le pliage, le collage… Après un coffret créatif rempli de papiers à motifs (L’Expo idéale, Bayard, 2020, 19,90 euros), voici un livre en guise de vitrine des œuvres simples qu’il est possible de réaliser avec un minimum de moyens. Le jeune lecteur, apprenti artiste, s’épatera des effets graphiques produits par tout un jeu de fenêtres, languettes, miroirs, superpositions, gribouillages, taches, papiers froissés… L’adulte s’amusera, lui, à déceler des réminiscences aux rayures de Buren, aux empreintes de Viallat et autres égouttures de Pollock. Une furieuse envie d’empoigner des feutres et une paire de ciseaux prolonge la lecture de ce très ludique et très inspirant catalogue, qu’on rouvrira notamment par jour de pluie.

« Une expo idéale », Hervé Tullet, Bayard jeunesse, 48 pages, 19,90 euros. Dès 4 ans.

• L’origine du trait

« Harold et le crayon violet », de Crockett Johnson.

Il y a quelque chose de magique dans ce petit album, un classique de la littérature jeunesse américaine, qui s’est vendu à plus de 2 millions d’exemplaires aux Etats-Unis depuis sa sortie, en 1955. Harold a des envies, et il a un crayon : cela suffit pour faire un monde. Il veut marcher au clair de lune, alors il se dessine une lune, et un sol sur lequel poser les pieds. Il veut une forêt, mais avec un seul arbre, pour ne pas avoir peur : ce sera un pommier. Mais le dragon qu’il dessine lui-même pour protéger ses pommes le terrorise, il en tremble, et son sol bien droit devient une mer agitée, dans laquelle il tombe. Il faut alors un bateau, et ainsi de suite. Autrement dit, c’est la création dans sa définition la plus pure : la satisfaction d’un désir lié à l’attente et les peurs que suscite cette satisfaction. Cet ouvrage fait penser à la série d’animation télévisée italienne La Linea, diffusée en France à partir de 1975, où le personnage est dessiné dans le même trait de crayon que la ligne horizontale sur laquelle il évolue. Même concept : le monde n’a peut-être pas été créé en un jour, mais en un trait, si !

« Harold et le crayon violet », de Crockett Johnson, traduit de l’anglais par Lou Gonse. Editions MeMo, 72 pages, 15 euros. Dès 3 ans.

• La p’tite bête qui se montre

« La Petite Créature », de Marjolaine Leray.

Elle commence à jouer dès la couverture noire du livre, où elle se cache derrière une petite porte. La voilà qui apparaît, bestiole rose et bleue aux yeux ronds, dessinée à gros traits. Et une fois qu’elle est là, eh bien, elle squatte. La petite créature de ce livre en occupe chaque page, en très gros plan (« mince ! trop près ! ») ou dans un recoin, réclamant une histoire ou qu’on lui gratte le dos. Elle perd l’équilibre quand on tourne une page, et la voilà coincée dans le pli, à demander de l’aide. Elle grignote des bouts de page (que l’on peut détacher), se bagarre avec des cauchemars phosphorescents et des nuages qui fuient. Et à la fin, comme toute créature curieuse qui se respecte, elle creuse un trou dans le bouquin pour se faire la malle et rejoindre le lecteur. Qui sait ? Peut-être la trouverez-vous à côté de votre enfant sur l’oreiller demain matin.

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