« L’Odyssée des Jeux olympiques », sur France 3 : entre sport et politique, une histoire mouvementée

La gymnaste Nadia Comaneci, lors des JO de Montréal, en 1976.

FRANCE 3 – MERCREDI 21 JUILLET À 21 H 05 – DOCUMENTAIRE

Et soudain, l’enchantement. Sur des archives filmées datant de 1976 apparaît une fée, plus Clochette que Carabosse. Nadia Comaneci, gamine de 14 ans et gymnaste exceptionnelle, semble voler dans les airs en enchaînant les figures complexes.

Si la perfection n’est pas de ce monde, la petite Roumaine s’en approche de très près comme le rappellent ces images des Jeux olympiques de Montréal. Elles font partie des archives épatantes regroupées dans un documentaire consacré à la longue et turbulente histoire des Jeux olympiques modernes, créés par Pierre de Coubertin en 1896 pour célébrer le XXsiècle qui s’annonce.

Ce documentaire à la construction chronologique classique mais à la contextualisation historique bienvenue est d’une richesse impressionnante

Ses auteurs, Jean-Christophe Rosé et Benoît Heimermann, connaissent parfaitement le sujet. De Sport et télévision, liaisons dangereuses (2004) aux Champions d’Hitler (2016) en passant par Maradona, un gamin en or (2006) et La Légende du Tour de France (2013), le tandem sait magnifier l’épopée mais aussi raconter les enjeux politiques, sociaux et économiques d’un univers de haute compétition.

Si certaines zones troubles de l’olympisme moderne – dopage, course à l’argent et aux sponsors, corruption… – sont peu développées, ce documentaire à la construction chronologique classique mais à la contextualisation historique bienvenue est d’une richesse impressionnante.

Il n’y a évidemment pas que la fée Comaneci pour séduire ou stupéfier le téléspectateur. De Jesse Owens à Usain Bolt, d’Emil Zatopek à Mark Spitz, de Micheline Ostermeyer à Marie-José Perec, d’Abebe Bikila à Carl Lewis, de Cathy Freeman à Michael Phelps, les exploits s’enchaînent, les anecdotes également, racontées par la voix de Philippe Torreton.

Archives colorisées

Au-delà des performances sportives, le documentaire contextualise les JO dans le paysage politique de l’époque. On découvre les archives (colorisées) des premiers Jeux vraiment « modernes », à Amsterdam en 1928, où un grand stade est construit pour l’occasion. Depuis 1896, ils étaient organisés de bric et de broc, souvent en marge de foires ou d’expositions.

On apprend qu’en 1931, le Comité international olympique décide de choisir Berlin pour organiser les Jeux de 1936 afin d’aider la jeune République allemande en plein marasme économique. On connaît la suite… Mais on ne se lasse pas de revoir les images des courses victorieuses de Jesse Owens, ce « supplétif africain de l’équipe américaine », comme le désignait la terminologie nazie, au pouvoir depuis 1933.

Les événements sortant de l’ordinaire jalonnent la route des Jeux olympiques

En pleine guerre froide, les images des Jeux d’Helsinki (1952) nous font découvrir un reportage martial à la gloire des athlètes soldats de la délégation américaine. De leur côté, les sportifs soviétiques sont cantonnés à l’écart des autres délégations, dans leur propre village olympique.

Les événements sortant de l’ordinaire jalonnent la route des JO : sanglante prise d’otages de sportifs israéliens à Munich (1972), boycottage partiel de ceux de Moscou (1980) puis de Los Angeles (1984), poings levés d’athlètes noirs américains sur le podium à Mexico (1968)…

Et Tokyo ? En 1940, la capitale japonaise devait organiser les Jeux, finalement annulés pour cause de guerre mondiale. Elle accueillera les JO en 1964, mais c’est le judoka néerlandais Anton Geesink (1 mètre 98, 115 kilos) qui marqua l’histoire en battant les idoles nippones chez elles. Cette année ne ressemblera à rien de connu. Pour cause de pandémie de Covid-19, décalés d’un an, les Jeux de Tokyo 2021 se tiendront à huis clos.

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L’Odyssée des Jeux olympiques, documentaire de Jean-Christophe Rosé et Benoît Heimermann (Fr., 2020, 110 min). Disponible sur France 3.