Logistique, fournisseurs, sous-traitants… Les nombreux emplois cachés de l’industrie

« Au début, on a tout fait faire en externe », se souvient Jennifer Maumont. Lorsqu’elle a l’idée de fonder en 2016, avec son compagnon, une marque d’accessoires « slow fashion », la cofondatrice de Jules & Jenn se retrouve vite confrontée à ce problème : elle ne dispose d’aucun atelier de production pour fabriquer ses modèles.

Forte de ses années d’expérience en tant que directrice marketing chez Christian Dior, l’entrepreneuse se tourne vers la solution largement déployée dans l’industrie de la mode : déléguer la fabrication à des ateliers de sous-traitance. « Dès le début, on a voulu travailler avec des partenaires pour toute la partie production, mais aussi la logistique pour l’envoi et la réception des produits, jusqu’à la conception de notre site », se souvient la créatrice.

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Aujourd’hui, la marque a internalisé certaines de ses activités et envisage de mettre sur pied sa propre manufacture. Mais l’entreprise de mode continue de déléguer : Jules & Jenn est à l’origine de 56 équivalents temps plein chez ses partenaires, dont presque 90 % liés à la production des modèles, contre 6 emplois en propre.

Externalisation dans les services

L’exemple de Jules & Jenn l’illustre, l’industrie fait vivre indirectement des millions d’employés et des intermédiaires codépendants les uns des autres : logistique, R & D, fournisseurs, sous-traitants… Si la désindustrialisation est une réalité en France, la baisse statistique de l’emploi industriel cache une réalité beaucoup plus complexe. « Les estimations des économistes évaluent entre 0,6 et 1,2 le nombre d’emplois indirects pour 1 emploi direct créé dans l’industrie », indique Vincent Charlet, délégué général du think tank La Fabrique de l’industrie.

Chez Coca-Cola France, pour un emploi direct créé, douze emplois indirects en découleraient en amont et en aval de la chaîne de valeur, selon une étude de l’institut Xerfi réalisée en 2018 pour la marque de boissons. Les statistiques avancées par les industriels sont parfois sujettes à de vastes débats. Une chose est sûre : « l’externalisation des emplois industriels, notamment dans le tertiaire, est une des raisons qui expliquent le phénomène de désindustrialisation », fait valoir Vincent Charlet.

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Quand, par exemple, Renault confie à Sodexo l’activité de restauration de ses salariés, les emplois ne disparaissent pas : ils sont « déplacés » vers ce sous-traitant. « Entre 1980 et 2007, un quart des pertes d’emplois industriels s’expliquent par l’externalisation dans le secteur des services », ajoute Vincent Charlet. Si l’emploi industriel à proprement parler a dégringolé en France, passant de 5,5 millions en 1970 à un peu plus de 3 millions d’emplois directs aujourd’hui (hors construction), les emplois tertiaires, eux, ont explosé, passant de 5,3 millions à 12,6 millions dans le secteur marchand sur la même période.

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