Loin des urnes, le ras-le-bol très politique des jeunes

Par Ariane Ferrand

Publié aujourd’hui à 09h38

« Si la jeunesse n’a pas toujours raison, la société qui la méconnaît et qui la frappe a toujours tort », tonnait, dans son discours du 8 mai 1968, François Mitterrand, pourtant peu apprécié des étudiants protestataires qui avaient alors lancé le plus important mouvement social français de la fin du XXe siècle. Il faut se souvenir de cette phrase. Aujourd’hui, on n’hésite pas à taper, cette fois au sens figuré, sur les jeunes, à les dénigrer, à les mettre en cause, au premier chef sur leur civisme. Insouciance, indifférence, « je-m’en-foutisme », les expressions pour fustiger un apparent désintérêt de la jeunesse pour le politique ne manquent pas, prenant souvent les traits d’une critique générationnelle. Et, il faut le dire, les chiffres sont au rendez-vous pour appuyer cette théorie.

L’abstention est de loin le candidat favori des jeunes aux élections. Et ce, à toutes les échéances électorales, avec toutefois des différences marquées. A la présidentielle de 2017, elle n’est au second tour que de 34 % chez les 18-24 ans (40 % chez les 25-34 ans), selon un sondage Ipsos/Sopra Steria. Aux législatives, l’abstention passe à 74 % au second tour, toujours pour les 18-24 ans (70% pour les 25-34 ans). Le 3 mars 2020, dans un contexte certes particulier de crise sanitaire, les 18-24 ans sont 72% à ne pas prendre le chemin des urnes pour le second tour des municipales. Dernières en date, les élections départementales et régionales de juin ont connu un pic historique puisque deux Français sur trois ont déserté les urnes, et les 18-24 ans n’étaient pas en reste avec 87 % d’abstentionnistes lors du premier tour.

C’est toujours plus que la moyenne nationale. Et ça ne va pas en s’améliorant : la sur-abstention chez les jeunes s’amplifie. Mais les jeunes se désintéressent-ils pour autant de la chose publique ? La jeunesse s’est-elle métamorphosée depuis Mai 68 et les révoltes estudiantines qui avaient fait frémir les responsables politiques de l’époque ?

Le « regard sceptique » des plus vieux

Anne Muxel, directrice de recherches en sociologie et en science politique au CNRS, autrice notamment d’Avoir 20 ans en politique. Les enfants du désenchantement (Seuil, 2010), s’inscrit tout à fait en faux contre l’idée d’une dépolitisation des jeunes : « Les jeunes générations souffrent toujours d’un regard sceptique et dubitatif de la part des anciennes générations, qui pensent qu’elles ne peuvent faire que moins bien, être moins engagées. »

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