L’ombre de la Chine plane sur le troisième référendum en Nouvelle-Calédonie

Analyse. « A ce stade, un report du référendum n’est pas envisagé », assure le ministre des outre-mer, Sébastien Lecornu, attendu à partir du lundi 4 octobre en Nouvelle-Calédonie. Néanmoins, la brutalité de la vague épidémique de Covid-19 qui s’est déclenchée dans l’archipel début septembre fait planer une incertitude sur la tenue du référendum prévu le 12 décembre.

Pour cette troisième, et dernière, consultation dans le cadre de l’accord de Nouméa de 1998, les électeurs devront répondre à la question : « Voulez-vous que la Nouvelle-Calédonie accède à la pleine souveraineté et devienne indépendante ? » Lors des deux premières consultations, c’est le non qui l’a emporté, par 56,7 % en novembre 2018 puis, avec une marge réduite, par 53,3 % en octobre 2020.

Toutefois, un autre événement est venu se mêler à la campagne référendaire – même si celle-ci a été mise sous cloche en raison de la crise sanitaire. La tension diplomatique entre la France et l’Australie engendrée par l’« affaire des sous-marins » a ravivé les affres de l’expansionnisme chinois dans la zone Pacifique. Et la crainte, en cas d’indépendance, que la Nouvelle-Calédonie ne devienne « une colonie chinoise », comme le répètent à l’envi les partisans du maintien dans la République française.

Zone économique exclusive

Lorsque le président Emmanuel Macron s’était rendu en Nouvelle-Calédonie, six mois avant le premier référendum, il avait souligné, dans son discours prononcé à Nouméa le 5 mai 2018, combien, « dans cette région du globe, la Chine est en train de construire son hégémonie pas à pas ». « La France est une grande puissance de l’Indo-Pacifique à travers tous ses territoires », avait-il insisté, défendant avec conviction « une ambition géopolitique ». « Il y a un axe Paris-New Delhi-Canberra, mais cet axe-là se prolonge de Papeete à Nouméa et à travers tous nos territoires, concluait-il. Je crois dans le futur de ce territoire et je crois dans la place que ce territoire occupe dans une stratégie plus large que nous devons avoir dans toute la région. »

A ce titre, la Nouvelle-Calédonie occupe une place-clé dans la stratégie en Indo-Pacifique, dont la France entend être un des acteurs majeurs. A la pointe de l’arc mélanésien formé par la Papouasie-Nouvelle-Guinée, les îles Salomon et le Vanuatu – où l’influence chinoise est déjà active –, elle offre quelque 1,5 million de kilomètres carrés de zone économique exclusive. Et les richesses minières, notamment de nickel et de cobalt que recèle son sous-sol en font un des principaux producteurs mondiaux. « Il n’est pas raisonnablement concevable de nourrir une ambition française dans le Pacifique sans compter sur la Nouvelle-Calédonie, plaide la présidente de la province Sud, Sonia Backès, chef de file de la coalition Les Loyalistes [dans une tribune au Monde]. Nous sommes la clé de voûte de cet axe Indo-Pacifique. »

Il vous reste 52.28% de cet article à lire. La suite est réservée aux abonnés.