L’onde de choc géopolitique de la débâcle afghane

Le président américain Joe Biden après s’être exprimé sur la prise de contrôle de l’Afghanistan par les talibans, à la Maison Blanche, le 16 août 2021.

Débâcle : le mot est le même en français et en anglais et il est omniprésent dans les récits de Kaboul depuis le dimanche 15 août. Débâcle : « Déroute d’une armée. Débandade » (Larousse), « Grand désastre, échec total. Fiasco » (Merriam Webster).

Rares sont ceux, en revanche, qui parlent de « défaite » à propos du retrait chaotique des Etats-Unis d’Afghanistan à l’issue de leur plus longue guerre – vingt ans. A quel moment une débâcle tourne-t-elle à la défaite ?

La tournure que prendront les événements à Kaboul dans les jours et les semaines qui viennent en décidera : combien d’Afghans désireux de partir pourront-ils être évacués ? Quel sera le sort de ceux qui restent ? Quels acquis pour la société civile et en particulier pour les femmes seront-ils préservés sous le régime des talibans ? Le pays redeviendra-t-il une base pour le terrorisme international ?

En catastrophe, Washington, pris de vitesse, tente de limiter les dégâts. Mais une semaine après la chute de Kaboul qui a finalisé la reconquête éclair de l’Afghanistan par les talibans et précipité la fuite des Américains et de leurs alliés, l’impact géopolitique de la débâcle du retrait des Etats-Unis est déjà perceptible. L’humiliation infligée à la première puissance militaire mondiale, les erreurs d’évaluation et opérationnelles commises par les Etats-Unis soulèvent une série de questions de fond sur leur rôle dans le monde.

La clôture d’un cycle plutôt que la fin d’un « siècle américain »

A court terme, l’impact sur l’image des Etats-Unis est désastreux. Les scènes déchirantes à l’aéroport de Kaboul, les comparaisons avec l’évacuation de Saïgon en 1975, les contradictions entre les différentes déclarations du président Joe Biden depuis juillet, l’analyse post-mortem du processus de décision à Washington par les médias américains, le bilan des erreurs de jugement de quatre présidents successifs en vingt ans, le rappel des avertissements dont personne n’a voulu tenir compte, tout cela est accablant. Contrairement aux pays totalitaires, les échecs américains se déroulent au grand jour : l’omerta n’est pas une option.

Pour autant, l’épisode pèsera sans doute plus sur le crédit politique de Joe Biden que sur celui de la puissance des Etats-Unis. La débâcle du retrait afghan n’arrive pas comme un coup de tonnerre dans un ciel d’azur : le fiasco de l’invasion de l’Irak en 2003, sa série de bavures tragiques et le chaos dans lequel elle a durablement plongé le Moyen-Orient paraissent, en comparaison, plus lourds de conséquences.

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