L’Orchestre du Festival de Bayreuth, maître en terre wagnérienne, à la Philharmonie de Paris

L’Orchestre du Festival de Bayreuth dirigé par Andris Nelsons, mercredi 1er septembre 2021,  dans la Grande salle Pierre Boulez de la Philharmonie de Paris.

Ouverture de saison fastueuse à la Philharmonie de Paris qui accueillait pour la première fois à Paris, mercredi 1er septembre, l’Orchestre du Festival de Bayreuth. Un aréopage de 107 musiciens issus des meilleures phalanges symphoniques allemandes. Une volonté explicite de Wagner, affichée dès l’ouverture du Bayreuther Festspiele en août 1876, mais surtout à partir de 1886, que cette discrète armada de musiciens entièrement dévolus à sa cause, capable de répéter et de jouer à couvert dans le fameux « abîme mystique », cette fosse d’orchestre unique au monde nichée sous le plateau. Redevable d’une acoustique exceptionnelle, la musique invisible sourd de partout et de nulle part, portant le rêve d’« art total » du compositeur autour d’un spectacle entièrement centré sur la scène et l’action dramaturgique. Rien à voir avec la distanciation covidienne requise sur le plateau de la Grande salle Pierre Boulez.

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Passes sanitaires, mains désinfectées et masques sur le visage, les spectateurs ont répondu présent à ce vaste programme exclusivement wagnérien que défend le maestro Andris Nelsons, auréolé par sa magnifique prestation de 2010 à Bayreuth dans Lohengrin, dont il aborde d’emblée le célèbre prélude. Une aurore impalpable, un frémissement : les violons ont pris la lumière au vol dans un scintillement d’aigus, déployant peu à peu la bannière extatique du thème du Graal. Exercice de haute voltige que ces longues minutes de cordes pianissimo, à découvert, dans la fragile suspension d’une division à huit parties. La mélodie gagne peu à peu les bois puis le grave de l’orchestre avant de s’en emparer dans un puissant tutti. Le retour au pianissimo initial se fait sans la moindre perte de substance.

Ce rituel de l’absence est une Cène qu’irradie la stridence déchirante d’une trompette en fa, les cuivres amorçant le thème du Graal, auquel Andris Nelsons confère la pesée d’un choral luthérien

Les trois extraits suivants, toujours Lohengrin, ont convoqué le ténor allemand Klaus Florian Vogt, pilier de Bayreuth. Grande stature et coiffure à la Mike Brant, le chanteur n’a pourtant rien d’un crooner wagnérien. Encore que son timbre clair, ses aigus puissants, et son art presque mozartien de la ligne, le désignent comme l’un des meilleurs Lohengrin actuels (sans oublier son Siegmund dans Die Walküre et le rôle-titre de Parsifal). Après l’avoir ovationné dans « In fernem Land » (« Dans un pays lointain »), où l’évocation de la colombe protectrice du Graal lui met le duvet de l’oiseau dans la voix qu’enveloppe le moelleux des trombones, le public s’inclinera devant un magnifique « Mein lieber Schwan » (« Mon cygne bien-aimé »), signant entre douleur et regrets les adieux du héros à celle qu’il aime.

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