Louis, le père tranquille du clan Chedid

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Publié aujourd’hui à 00h37

Ça doit ressembler à ça, un homme serein… Lundi 19 avril, Louis Chedid, 73 ans, parle depuis près de deux heures dans une petite pièce aux murs blancs de sa maison du Vaucluse, près de Lourmarin. Assis devant une rangée de guitares et derrière son écran, il vient de raconter en longueur Andrée (1920-2011), cette mère poétesse dont la liberté lui a donné envie d’être artiste à son tour. Et puis Louis Selim, qui l’emmenait naviguer l’été sur le Miclou, le bateau de la famille, dans la calanque de Sormiou, à Marseille.

Scientifique reconnu, son père est décédé quelques semaines plus tôt, le 6 février, à l’âge de 98 ans. Alors la mort rôde dans la conversation. Le sujet le tarabuste depuis que, à 10 ans, un professeur de français lui a lancé : « Dites-moi Chedid, ça vous arrive de penser à la mort ? » Dans Le Dictionnaire de ma vie (Kero, 2018), il explique que, longtemps, il a même été persuadé qu’il ne dépasserait pas 33 ans, l’âge du Christ. Quatre décennies plus tard, Louis Chedid est en très bonne santé, fourmille de projets et affirme sans détour : « Chez les Chedid, désormais, je suis l’ancien, le prochain sur la ligne de départ pour l’éternel. »

La formule sert aussi à définir sa place dans cette lignée qui n’en finit plus de fabriquer des artistes. Louis Chedid est le père de trois musiciens : Matthieu, dit -M-, 49 ans, Joseph, 35 ans, et Anna, dite Nach, 34 ans. Sa fille aînée, Emilie, 51 ans, est une réalisatrice reconnue. Et le talent de chanteuse de sa petite-fille de 19 ans, Billie, commence aussi à faire parler. « Je ne me sens pas au-dessus d’eux, explique le patriarche. Chacun fait son truc et le succès n’est pas un droit à l’autorité. Je suis un père aimant. » S’il refuse d’exercer un ascendant sur sa descendance, l’auteur de T’as beau pas être beau ne semble pas opposé à l’idée de jouer un rôle d’éclaireur, instruit par ses propres embûches, à commencer par l’échec scolaire.

« Des années de galère »

Inscrit à l’institut Bossuet, dans le 6arrondissement de Paris, où sa famille réside depuis 1952, l’élève Louis Chedid connaît un début de scolarité sans accroc. Mais, en 1956, un événement lointain va tout changer pour celui que son institutrice appelait affectueusement « mon petit Loulou » : la nationalisation du canal du Suez par le président égyptien Gamal Abdel Nasser. Comme ses parents, Louis est de nationalité égyptienne – il sera naturalisé français en 1962. Pour l’état civil, il est né à Ismaïlia le 1er janvier 1948. Dans les faits, il a poussé son premier cri le 31 décembre 1947, mais une sage-femme a modifié sa date de naissance, faisant le pari que cette entourloupe pourrait, plus tard, lui éviter d’être appelé à participer à une hypothétique future guerre.

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