Lucien Bély, Jean Meckert, Pap Ndiaye, Irène Némirovsky : les brèves critiques du « Monde des livres »

Histoire. « Louis XIV, le fantôme et le maréchal-ferrant », de Lucien Bély

Il ne suffit pas de régner sur son peuple ; encore faut-il en assumer les rêves et les croyances, et cette part d’invisible qui traverse toute société. En racontant l’histoire du maréchal-ferrant François Michel qui, en 1697, est monté de Salon-de-Provence à Versailles pour porter à Louis XIV un message confié par un fantôme, Lucien Bély érige un recoin de l’Ancien Régime en une scène capitale où se nouent et se dénouent les relations entre politique et imaginaire, comme entre le roi et ses sujets. Louis XIV a-t-il reçu le messager ? D’ailleurs, quel était le message ? L’historien, directeur en 2015 du Dictionnaire Louis XIV (Robert Laffont), explore, au-delà de l’anecdote, la manière dont le temps s’en est saisi, pour l’interroger ou la transformer en mythe. Il livre un passionnant voyage aux frontières, dont ressort un portrait rien moins que fantomatique de la France du XVIIe siècle : une France comme attrapée au vol, dans l’intimité et l’incertitude d’un présent restitué. Fl. Go

« Louis XIV, le fantôme et le maréchal-ferrant », de Lucien Bély, PUF, 676 p., 27 €, numérique 21 €.

Roman. « La Ville de plomb », de Jean Meckert

Sortie de l’oubli par Jean-Jacques Pauvert, qui réédita, en 1993, Les Coups, désormais repris en Folio, l’œuvre magistrale de Jean Meckert (1910-1995) sera bientôt entièrement disponible en librairie – du moins celle qu’il a signée de son nom, puisqu’il est longtemps resté plus connu comme auteur de polars, sous le pseudonyme de Jean Amila.

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La Ville de plomb est le septième des livres parus chez Gallimard, entre 1942 et 1958, que réédite Joëlle Losfeld. Il constitue assurément une excellente porte d’entrée dans cette œuvre d’une puissance suggestive à la justesse incomparable. A travers les douloureuses tribulations de deux apprentis de Belleville et de la jeune dactylo qu’ils convoitent, on retrouve la stupéfiante capacité de Meckert à délivrer la profondeur du tragique au rythme de la vie la plus ordinaire : dans ce Paris des humbles si souvent humiliés, une chose vue, ou plutôt aperçue, une posture, un geste, une rougeur suffisent à dévoiler les ambivalences folles de jeunes gens tiraillés entre le regard d’autrui et la puissance de pulsions qui, dans ces conditions, peuvent conduire au pire.

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Meckert ne se contente pas de peindre le Paris populaire de l’immédiat après-guerre, il délivre en sous-main un véritable art poétique. Affublé d’un puissant désir d’écrire, le jeune Marcel veut en effet apprendre à « raconter des histoires » parce que, alors, « on se forme en profondeur et on prend sa valeur universelle ». La Ville de plomb restitue régulièrement les pages que Marcel écrit de nuit sous le titre « La Ville de plomb » : imaginant que le centre de Paris a été décrété zone interdite à la suite d’une explosion atomique, le jeune homme nourrit son intrigue de son propre vécu plombé.

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