Luis de Pablo, disparition du compositeur espagnol avant-gardiste et autodidacte

Le compositeur Luis de Pablo, à Paris, en 2003.

Le compositeur espagnol Luis de Pablo est mort le 10 octobre, à Madrid, à l’âge de 91 ans. Par ses œuvres, son enseignement et les nombreuses institutions qu’il a créées, cette figure majeure de la « Generation del 51 » a permis à l’Espagne de mêler sa voix à celle de l’avant-garde européenne en dépit du joug franquiste.

Luis de Pablo naît à Bilbao (Espagne), le 28 janvier 1930. Lors de l’été 1936, la guerre civile espagnole lui vaut de perdre son père. Sa mère se fixe alors à Fontarrabie, petite ville du Pays basque espagnol, où, l’année suivante, des religieuses françaises vont donner les bases (solfège, piano) d’une éducation musicale au jeune Pablo.

S’il découvre par le disque les symphonies de Beethoven, l’adolescent ne tarde pas à se plonger dans des partitions plus récentes. Les Cantates (1939, 1943), d’Anton Webern, qu’il parvient à se procurer seul, et les Trois petites liturgies (1944), d’Olivier Messiaen, qu’un ami de la famille (frère du compositeur Maurice Ohana) lui rapporte d’un voyage en France.

Luis de Pablo poursuit, de-ci de-là, son apprentissage de la musique tout en se destinant à une carrière de juriste. Peu de temps après avoir décroché son diplôme de droit, en 1952, à l’Université Complutense de Madrid, il est engagé comme conseiller juridique par la compagnie aérienne Iberia, poste qu’il abandonne assez vite pour se consacrer totalement à la musique. Coral (1953) pour sept instruments à vent, Invenciones (1955) pour orchestre et Comentarios (1956) pour soprano et trois instruments, sur des poèmes de Gerardo Diego, résultent de cette activité de compositeur autodidacte.

Musique sérielle

En 1959, il se rend à Paris, où Françoise Deslogères (interprète des ondes Martenot) le présente à Max Deutsch (1892-1982). Cet ancien élève d’Arnold Schoenberg l’initie à la musique sérielle et l’incite à se rendre aux cours d’été de Darmstadt, la petite ville d’Allemagne qui rassemble à cette occasion le gotha de l’avant-garde internationale (Boulez, Stockhausen…). Luis de Pablo s’y lie d’amitié avec Bruno Maderna (1920-1973), chef-compositeur qui dirigera ses futures créations pour orchestre. Tissés à la même époque, les liens avec Max Deutsch seront tout aussi forts puisque le jeune Espagnol continuera pendant de longues années à soumettre ses partitions à l’appréciation de son ancien maître.

De retour dans la péninsule ibérique après l’épisode formateur de Darmstadt, Luis de Pablo crée une série de concerts, « Tiempo y Musica », qui permettront d’entendre pour la première fois en Espagne des œuvres aussi importantes que Le Marteau sans maître (1954), de Pierre Boulez, ou Zeitmasse (1955-1956), de Karlheinz Stockhausen.

Il vous reste 58.02% de cet article à lire. La suite est réservée aux abonnés.