L’Umlaut Big Band, une caisse de résonance pour Mary Lou Williams

L’Umlaut Big Band, au Théâtre de l’Aquarium, à Paris, le 7 août 2021.

Fondé en novembre 2011, l’Umlaut Big Band s’est imposé au fil des ans pour son attention aux premiers temps du jazz. Sans s’interdire de remonter vers la seconde moitié du XXe siècle, à des compositions et arrangements d’artistes parfois méconnus ou oubliés, ou à des œuvres rares de noms réputés. Une première parution, Nelson’s Jacket, en 2013, avait notamment fêté Gene Gifford et Will Hudson. Puis ce fut Euro Swing, en 2015, document sur les big bands européens, suivi d’Euro Swing vol. 2, à propos de l’influence qu’ont eue des séjours en Europe sur le travail de musiciens américains.

En 2018, c’est au seul Don Redman que s’était intéressé l’Umlaut Big Band avec The King of Bungle Bar. Pierre-Antoine Badaroux, saxophoniste, compositeur, arrangeur et directeur artistique de l’Umlaut Big Band, nous avait alors indiqué que l’orchestre envisageait d’autres biographies musicales. Dont l’une sur la pianiste, compositrice, arrangeuse et chef d’orchestre Mary Lou Williams (1910-1981), déjà brièvement évoquée dans Nelson’s Jacket. La voici, sous la forme du double CD Mary’s Idea.

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Oreille absolue

C’est, comme le rappelle le livret, « vers l’âge de 3 ou 4 ans », que l’Américaine Mary Lou Williams commence à rejouer à la note près des airs qu’elle entend. Elle prend quelques cours, mais son talent est d’abord dû à sa mémoire et à une oreille absolue. Elle commence à jouer à Pittsburgh (Pennsylvanie), où sa famille s’est installée, puis, au début des années 1920, va de ville en ville. Elle épouse le saxophoniste John Williams en 1927, participe à sa formation, puis à celle du saxophoniste Andy Kirk, qui va lui apprendre l’écriture musicale et l’orchestration. Elle commence à composer pour elle (Mary’s Idea, ici dans plusieurs versions), et arrange pour d’autres.

Venue du blues et de la musique d’église, passée par le swing, Mary Lou Williams s’intéresse au be-bop, et évolue en même temps que le jazz

Dans les années 1940, après un divorce, elle se remarie avec le trompettiste Harold Baker, qui joue chez Duke Ellington. Elle travaille avec ce dernier, divorce de nouveau. Sa composition Zodiac Suite, que l’on trouve aussi ici, est jouée par un orchestre symphonique au Carnegie Hall, à New York, en 1946. Chez elle, à New York, les musiciens se retrouvent régulièrement. Venue du blues et de la musique d’église, passée par le swing, Mary Lou Williams s’intéresse au be-bop, évolue en même temps que le jazz, avance vers de nouvelles formes, ira jusqu’au free-jazz et composera de la musique sacrée. Respectée dans le milieu musical, elle reste peu connue du public. Dans les années 1960, elle fonde une maison de disques, une société d’édition, et enseigne à partir de la fin des années 1970.

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