L’unité pour malades difficiles de Montfavet, « au bout de l’entonnoir de la psychiatrie »

Dans l’unité pour malade difficile (UMD) de l’hôpital psychiatrique de Montfavet-Avignon. Accompagnés d’infirmiers, Des patient se rendent sur des lieux d’activités.

Reportage. « J’ai tué quelqu’un. » Le visiteur n’a rien demandé, ne le connaît que depuis dix secondes, et voilà que José (le prénom a été modifié), 34 ans, cheveux gominés vers l’arrière, livre cet aveu les yeux dans les yeux. « On était en voiture. Il a insulté mon père, il a insulté ma mère, j’ai sorti un couteau, je l’ai planté là, raconte-t-il, index pointé vers le cœur. Je n’ai pas voulu faire ça, j’ai regretté un maximum. »

Regard neutre, ton neutre, aucune émotion apparente : les effets de sa maladie mentale, et des médicaments chargés de le stabiliser. Avec le même regard, le même ton, la même absence d’émotions, José dit qu’il aime effriter ses biscottes dans son lait le matin, et qu’il se réjouit que sa mère vienne lui rendre visite le lendemain et lui apporte des madeleines.

« On n’est pas juge, ni surveillant pénitentiaire. Ici, il n’y a que des soignants », dit Fabienne, chef de service

José est l’un des 51 patients de l’unité pour malades difficiles (UMD) de Montfavet, à Avignon (Vaucluse). Derrière le grillage délimitant la cour de son bâtiment, on aperçoit le mur d’enceinte de 5 mètres de haut, infranchissable, qui donne à l’endroit un air de prison. Les blouses blanches omniprésentes rappellent qu’il s’agit d’un hôpital. « Ce n’est pas un lieu de punition, c’est un lieu de soin. On n’est pas juge, ni surveillant pénitentiaire. Ici, il n’y a que des soignants », explique Fabienne, chef de service (le personnel a souhaité rester anonyme), qui souligne l’absence de barreaux aux fenêtres et de caméras de vidéosurveillance dans les couloirs.

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Montfavet fut la deuxième UMD ouverte en France, en 1947. Le docteur Henri Colin, qui avait créé la première en 1910, à Villejuif (Val-de-Marne), avait imaginé cette structure pour « les récidivistes des asiles qui sont la terreur des autres malades et font le désespoir des médecins ». Ces lieux fermés et à l’écart sont l’équivalent en psychiatrie d’un service de réanimation, un ultime recours pour les cas les plus graves. « Le bout de l’entonnoir », résume Lylian, responsable d’équipe infirmière.

Trois types de patients

Montfavet et les neuf autres UMD françaises accueillent trois types de patients : les malades mentaux devenus ingérables en psychiatrie générale ; les détenus « en état d’aliénation mentale » (article D 398 du code de procédure pénale), qui ont sombré psychiquement en prison ; les criminels n’ayant pas été incarcérés, ni même jugés, souvent, car désignés pénalement irresponsables « en raison d’un trouble psychique » (article 122-1 du code pénal).

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