« Lupin » : et Assane Diop devint un héros national français

Omar Sy dans « Lupin », série créée par George Kay.

Quand Netflix nous a prévenus de son arrivée, il y a six mois, au cœur de l’hiver et du confinement, la nouvelle a été accueillie avec curiosité, sans déchaînement d’enthousiasme. Les dernières incursions de la plate-forme californienne dans la culture populaire française – implantation de Vampires à Belleville, faire de La Révolution une orgie gore – incitaient à ne pas placer la barre trop haut : Omar Sy dans une variation contemporaine sur le thème d’Arsène Lupin, le succès était loin d’être garanti.

Selon les statistiques de la plate-forme, la série a été vue par 76 millions de foyers à travers le monde

En cinq épisodes élégamment troussés, l’affaire était entendue. Lupin a triomphé à domicile, mais aussi sur toute la planète Netflix (qui ressemble à la Terre, à ceci près que la Chine en est absente). Selon les statistiques de la firme, la série a été vue par 76 millions de foyers à travers le monde (pour Netflix, il suffit de deux minutes de visionnage sur un compte pour estimer qu’un contenu – série ou film – a été vu), soit plus qu’aucune autre.

Aux Etats-Unis mêmes, la réincarnation du gentleman cambrioleur s’est hissée à la troisième place du classement des séries les plus regardées établi par la plate-forme, tout en suscitant un torrent de louanges. Outre-Atlantique, Lupin a réussi là où Intouchables et Jurassic World avaient échoué, faisant d’Omar Sy une star.

Lire la critique de « Lupin » : Omar Sy dépoussière le costume d’Arsène Lupin

Ces cinq premiers épisodes ne constituaient que la moitié d’une première saison vouée à la redéfinition du personnage principal. Comme le répètent à l’envi l’interprète principal et le créateur de la série, le Britannique George Kay, Lupin n’est pas l’adaptation des romans écrits par Maurice Leblanc au début du XXsiècle, mais la réinvention contemporaine d’un mythe français.

Le prince des monte-en-l’air s’appelle Assane Diop, fils de Babacar (l’acteur ivoirien Fargass Assandé), immigré sénégalais victime d’une terrible injustice aux mains d’un sinistre baron de la finance, Pellegrini (Hervé Pierre, ogresque sociétaire du Français). Par piété filiale autant que par malice, le jeune homme est devenu un voleur d’envergure internationale, bien décidé à venger son père. Dans cette entreprise, Assane Diop a mis en danger la vie de son propre fils, Raoul, dont l’enlèvement marquait la césure entre les deux moitiés de cette première saison.

Esprit de mystification

D’abord annoncée pour la fin de l’année puis pour l’été, la conclusion du combat engagé par le fils d’immigré contre le pilier de la société n’aura donc pas attendu le solstice pour être mise en ligne. Ces fluctuations du calendrier n’étaient de toute façon qu’illusions, comme en a convenu Omar Sy sur France Inter : la date du 11 juin était fixée depuis longtemps « mais on a fait genre c’est à la fin de l’année pour faire la surprise ». On mettra cette manipulation au compte de l’esprit de mystification qui baigne la série plutôt qu’à celui des algorithmes qui règlent la programmation de Netflix, même si la seconde hypothèse est plus vraisemblable.

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