« Ma famille me donne tout sauf la liberté, j’en ai pris mon parti » : Lucie Zhang, l’enfant sage du cinéma

Par

Publié aujourd’hui à 07h00, mis à jour à 10h49

L’actrice Lucie Zhang, à Paris, le 12 octobre 2021.

Pas facile de caler une interview dans l’emploi du temps de Lucie Zhang. La jeune actrice franco-chinoise, qui impose une présence à la fois rageuse et attachante dans Les Olympiades, le nouveau film de Jacques Audiard, en salle le 3 novembre, est élève en troisième année d’économie-gestion à Paris-Dauphine, une des filières universitaires les plus sélectives de France, et n’envisage pas une seconde de sécher un cours. Question de principe et d’éducation : « Les deux valeurs primordiales de ma famille sont la santé et les bonnes notes. »

On la retrouve finalement en fin d’après-midi au Prétexte, un café du 13e arrondissement situé au pied de la fameuse dalle des Olympiades, enchevêtrement de tours et de grands immeubles érigés dans les années 1970 dans ce qui est devenu le quartier chinois de Paris. C’est dans ce décor impersonnel et ultra-graphique que le réalisateur d’Un Prophète a choisi de raconter en noir et blanc la rencontre de trois jeunes en quête d’identité et d’amour.

Lire aussi Article réservé à nos abonnés Cannes 2021 : avec « Les Olympiades », Audiard fait monter le désir dans les tours

A quelques dizaines de mètres de là, il y a vingt-deux ans, les parents de Lucie Zhang se sont rencontrés dans une cantine chinoise de l’avenue de Choisy qui abrite aujourd’hui un McDonald’s. Sa mère avait 21 ans, elle faisait des études de comptabilité, son père était arrivé dix ans plus tôt. Ils ont fait connaissance lors d’un de ces repas organisés par la communauté chinoise de Paris pour faciliter les rencontres et l’entraide. « En Chine, mon père venait de la province du Yunnan et ma mère de celle de Henan, dans le centre du pays, à 3 000 kilomètres l’un de l’autre, explique Lucie, 21 ans. Sans le 13e, ils ne se seraient jamais croisés. »

« Quand j’étais plus jeune, mes parents me disaient que je ferai ce que je voudrais quand j’aurais 18 ans, mais rien n’a changé ! » Lucie Zhang

Un an après, le 27 octobre 2000, Lucie naît dans une clinique de l’arrondissement, puis la famille déménage en banlieue avant de revenir à Paris avec une fille et un garçon de plus (16 et 14 ans aujourd’hui). Comme beaucoup de Chinois installés en France dans ces années-là, ils ont ouvert un restaurant de cuisine asiatique. Celui des Zhang se situe avenue de Versailles, dans le 16e arrondissement, et il ne s’agit pas d’un hasard : « Mes parents voulaient que nous ayons accès aux bonnes écoles. »

Le père concocte des spécialités de son pays, des bouillons brûlants pleins de saveurs à base de nouilles de riz, « les meilleurs de France », commente fièrement sa fille aînée. Sa mère assure le service tout en faisant des études de médecine chinoise par correspondance dans une école basée aux Pays-Bas. La famille vit dans 42 mètres carrés au-dessus du restaurant, alors, la plupart du temps, c’est dans la salle, au milieu des clients, que Lucie fait ses devoirs.

Il vous reste 67.21% de cet article à lire. La suite est réservée aux abonnés.