« Ma fille a insisté pour que je prenne un sac en cuir de champignon » : les parents repentants font les enfants décroissants

Peut-on être vertueux par procuration grâce à ses enfants ? Pourquoi pas, veulent croire certains parents.

Il fut un temps où, dans les dîners, les parents frimaient en comparant les mentions au bac de leurs enfants ou en glissant le nombre de classes « sautées ». Aujourd’hui, question d’époque, on frime différemment. Les parents (parfois les mêmes) mesurent leur vertu ou leur chance en vantant la volonté de leurs héritiers de changer le monde, à travers leurs masters en énergies renouvelables ou leurs jobs dans l’économie sociale et solidaire.

Les parents ont été consultants cost killers, cadres en marketing avec un bilan social plutôt moche ; mais au moment du jugement dernier, leur legs pourrait être racheté par les carrières de leur progéniture. Cette dernière sera leur compensation carbone. Tout comme les départements responsabilité sociétale des entreprises (RSE) peuvent contribuer au greenwashing d’une entreprise, des enfants RSE aident au greenwashing de papa et maman. Leurs amis peuvent bien avoir des rejetons plus diplômés, les leurs sont plus vertueux.

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A quoi on les reconnaît

Ils étaient ravis que leurs jeunes intègrent une école de management, ils sont désormais fiers qu’à peine diplômés ils ne veuillent plus faire de management. Ils ont déjà dit à tous leurs amis que leurs enfants étaient végétariens. C’est eux qui doivent s’occuper du lombricomposteur que le fiston a installé dans la cuisine. Ils ont coché l’option « montant masqué » en contribuant à la campagne Ulule pour la start-up solidaire de leur descendance… Ils en ont fait la publicité sur leur compte LinkedIn en commençant leur message par « Je n’ai pas l’habitude de parler de ma vie privée ici mais… ». Ils se disent que de toute façon, c’est toujours bien d’avoir un paragraphe engagé sur son CV.

Ils n’arrivent jamais à se souvenir de l’intitulé exact du master de leur fille. C’est en les écoutant qu’ils ont décidé de se mettre à la permaculture, au moins pour leur résidence secondaire. Ils ont été quand même un peu rassurés que, après leur tour du monde, leurs enfants aient pu trouver ce travail dans la « finance verte » ou au développement des nouvelles filières chez TotalEnergies.

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Comment ils parlent

« Nos enfants n’ont pas envie de vivre comme nous et ça fait beaucoup réfléchir. » « C’était pas dans mon scope de vivre comme ça. » « Ils sont hyperengagés, pas dans l’action mais dans la réflexion. » « Il a un CDD dans une grosse boîte mais il est dans une démarche d’entraide. » « Ma fille a insisté pour que je prenne un sac en cuir de champignon. » « Bon il reste un peu d’ambiguïté, si on les emmène au bout du monde pour les vacances, c’est vrai qu’ils ne nous posent pas la question de l’avion. » « Ils font quand même vachement attention. » « Je n’ai jamais eu ce courage. » « Leur déconsommation n’est pas flagrante sur tout. »

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