Malgré les aides et sa fortune, Damien Hirst licencie le petit personnel

Damien Hirst, le 2 juillet à la Fondation Cartier, à Paris.

Damien Hirst, connu pour ses pois de couleur alignés sur d’immenses toiles et ses animaux découpés dans du formol, la joue artiste solitaire avec ses peintures de Cerisiers en fleurs, exposées à la Fondation Cartier jusqu’au 2 janvier 2022. Des œuvres bucoliques – en format XXL toutefois – que l’éternel young british artist, désormais âgé de 56 ans, jure avoir peintes lui-même, depuis le premier confinement, avec son cœur et son pinceau. Soit sans la contribution de la noria de petites mains anonymes qui façonnent habituellement ses best-sellers.

Hirst va pouvoir continuer à découvrir les vertus et les tourments de la peinture en solo : en octobre 2020, la star du marché de l’art a ­discrètement licencié 63 employés sur 175. Le site britannique The Art Newspaper, qui révèle les dessous de ce retour à l’atelier, ­précise que le dirigeant de Science, la petite entreprise ­offshore de Damien Hirst, avait pourtant bénéficié de tout l’arsenal mis en en place par l’Etat britannique pour soutenir les sociétés en difficulté, depuis le début de la pandémie.

Une fortune estimée à 370 millions d’euros

Son équipe avait ainsi été mise, dans un premier temps, en chômage partiel et, cherry sur le gâteau, le businessman avait obtenu un prêt de 17,6 millions d’euros, garanti sur trois ans. The Art Newspaper précise qu’il aurait suspendu la production de nouvelles œuvres, excepté celles des plus cotées, comme ses armoires à pilules (Medicine Cabinets). Pourtant, l’artiste britannique est loin d’être à la rue. Son stock d’œuvres est évalué à 50,2 millions d’euros, tandis que sa collection personnelle, composée de pièces d’autres artistes qu’il achète et revend, était estimée, en janvier 2020, à 215 millions d’euros. Le Sunday Times avait évalué, en mai 2020, la fortune de l’artiste britannique à 370 millions d’euros.

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A l’instar de Damien Hirst, l’Américain Jeff Koons et le Japonais Takashi Murakami ont tiré profit, jusqu’à la pandémie, d’une période où rien n’était trop beau, trop grand, trop cher. Vingt ans durant, des collectionneurs milliardaires comme François Pinault et Bernard Arnault les ont portés aux nues et les ont poussés à produire de manière quasi industrielle. Dans les spacieux ateliers de ces trois artistes, une armada d’assistants a été chargée de fignoler, polir, briquer des produits finis aussi impeccables ­qu’onéreux, ainsi que des produits dérivés, duplicables à l’infini.

L’esprit de ces factories est loin de celui d’une PME familiale et solidaire. En 2008, déjà, lors de la crise financière, Damien Hirst a viré le petit personnel. Dix ans plus tard, rebelote : il laisse 50 employés sur le carreau, juste après avoir réalisé la pharaonique et lucrative superproduction « Treasures from the Wreck of the Unbelievable », exposée en 2017 au Palazzo Grassi et au Musée Punta della Dogana, à Venise, en Italie.

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