Malgré les dissensions internes, la BCE maintient son soutien monétaire

La présidente de la Banque centrale européenne, Christine Lagarde, au Parlement européen de Bruxelles, le 8 février 2021.

La Banque centrale européenne a choisi de repousser les décisions difficiles à la rentrée. Lors de la réunion de son conseil des gouverneurs, jeudi 10 juin, elle a décidé de maintenir au même niveau la perfusion monétaire en place depuis le début de la pandémie. Les dissensions internes – certains gouverneurs appelant à réduire le rythme de soutien à l’économie –, n’ont pas été écoutées.

Christine Lagarde, la présidente de la BCE, a résumé son attitude d’une expression : « steady hand » (littéralement, « main ferme »). Une façon de dire que la banque centrale continue son travail d’aide à l’économie. Pour permettre aux Etats de se financer pendant cette période du « quoi qu’il en coûte », elle a lancé depuis mars 2020 un programme d’urgence face à la pandémie (PEPP), destiné à acheter indirectement les dettes des pays de la zone euro. Celui-ci dispose d’une enveloppe totale de 1 850 milliards d’euros, dont 1 100 milliards ont désormais été dépensés.

L’impression qu’il se « passe des choses en coulisses »

Avec la reprise économique qui se profile, le débat porte désormais sur le retrait progressif de ce soutien. En mars, voyant les taux d’intérêt commencer à remonter, l’institution de Francfort avait annoncé qu’elle allait effectuer ses achats de dettes à un rythme « significativement plus élevé », passant d’environ 17 milliards d’euros à 20 milliards d’euros par semaine. Ce jeudi, elle a repris cette petite phrase, annonçant conserver un rythme « significativement plus élevé ».

Lire aussi notre article de mars 2021 : La BCE amplifie son intervention pour soutenir l’activité

Les traditionnels faucons ne sont cependant pas loin. Mme Lagarde reconnaît que les vingt-cinq membres du conseil des gouverneurs ne sont pas tous d’accord. « Il y a eu un débat sur le rythme des achats. (…) Il y avait ici et là quelques opinions divergentes. » « Bien que [Christine Lagarde] ait envoyé un message de stabilité et de continuité, notre impression est qu’il se passe beaucoup de choses en coulisses », estime Frederik Ducrozet, stratégiste à Pictet, une banque suisse privée.

Si les débats internes de la BCE sont secrets, les faucons sont connus : ils viennent des banques centrales allemande, néerlandaise, autrichienne et finlandaise. Dès le mois d’avril, Klaas Knot, le gouverneur de la banque centrale des Pays-Bas, évoquait ouvertement la question du retrait progressif du PEPP.

Une BCE optimiste mais prudente

Pour l’instant, les signes de la reprise économique sont néanmoins trop incertains. La vaccination s’accélère à travers toute la zone euro et les restrictions sanitaires se lèvent les unes après les autres. Mais la vie est loin d’avoir retrouvé son rythme normal. La saison touristique demeure très incertaine et il reste difficile de voyager d’un pays à l’autre. Le rythme auquel les ménages vont dépenser l’épargne qu’ils ont accumulée pendant la pandémie est également un point d’interrogation. Actuellement, le produit intérieur brut (PIB) de la zone euro demeure 5,1 % en dessous de son niveau d’avant la crise liée au Covid-19.

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