« Malgré les engagements des majors, le vieux monde tarde à mourir dans l’industrie du pétrole »

Curieux timing, tout de même. L’Europe manque cruellement de gaz, au Royaume-Uni des usines entières doivent s’arrêter faute d’énergie, les prix du gaz grimpent à des plus hauts historiques, et c’est le moment que choisit Shell pour annoncer, lundi 20 septembre, la vente de son gisement de pétrole et gaz de schiste au Texas, pour une somme de 9,5 milliards de dollars (8,1 milliards d’euros). A l’heure même où les producteurs de la région sortent enfin la tête de l’eau grâce à la remontée des cours.

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La major pétrolière va céder tous ses actifs dans le bassin permien, cette immense zone géologique qui produit à elle seule presque la moitié du pétrole américain. Le nouveau propriétaire est l’américain ConocoPhillips, qui n’en finit pas de se renforcer dans le secteur. En octobre 2020, il avait mis la main, pour une somme équivalente, sur la société indépendante Concho, très active dans la région. De leur coté, ses collègues Chevron et Pioneer multiplient les acquisitions sur ce marché très morcelé et fragilisé par la crise sanitaire.

Nettoyer le portefeuille d’actifs

Pour Shell, comme pour ses homologues européens BP et Total, c’est une tout autre affaire qui se raconte. Sous pression de l’opinion et des marchés, ils ont tous trois promis la neutralité carbone nette pour 2050, avec des engagements intermédiaires forts, même s’ils sont jugés insuffisants par les activistes écologistes, qui ne les lâchent plus. L’association Les Amis de la terre a ainsi obtenu, en mai, un jugement de la justice néerlandaise qui a demandé à Shell de revoir à la hausse ses objectifs de réduction des émissions de gaz à effet de serre d’ici à 2030.

La firme n’a pas décidé de sortir du pétrole, mais au moins de nettoyer son portefeuille d’actifs. Elle reste un acteur majeur du pétrole offshore dans le golfe du Mexique, mais elle se retire du pétrole et du gaz de schiste à la mauvaise réputation. Le prix de vente représente dix ans de recettes de ce gisement. Mieux vaut tenir que courir. Car qui sait ce que vaudront les réserves de pétrole à cette échéance ?

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Pour l’instant, les acheteurs se précipitent. Sans parler des pays producteurs comme l’Arabie saoudite, prêts à mettre la main au portefeuille. Or, les majors pétrolières dans le viseur des activistes ne représentent que 15 % de la production et 10 % des émissions de gaz à effet de serre. L’espoir est que leur changement d’attitude déclenche un abandon progressif de l’usage des combustibles fossiles. Pour l’instant, le vieux monde tarde à mourir.