« Mamma Roma », de Luca Di Fulvio : les derniers jours de la Rome des papes

La piazza Navona, à Rome, vers 1865-1870.

« Mamma Roma » (La ballata della città eterna), de Luca Di Fulvio, traduit de l’italien par Elsa Damien, Slatkine & Cie, 680 p., 23 €, numérique 15 €.

Il ne veut être rien d’autre qu’un cantastorie, un de ces conteurs d’histoires qui allaient jadis en Italie de village en village. Menuisier à ses heures, Luca Di Fulvio se présente comme « un artisan de l’écriture ». Homme de théâtre et écrivain, il est un narrateur hors pair et un porteur de rêves, d’où le succès de ses romans, notamment en Allemagne, puis en France. « C’est avant tout grâce au talent de mes traducteurs », explique-t-il avec humour au « Monde des livres » pour expliquer sa plus tardive reconnaissance dans son pays natal. Mais il rattrape le temps perdu. Resté pendant des semaines dans les dix meilleures ventes italiennes, Mamma Roma a été finaliste du prix Bancarella, décerné par les libraires de la Péninsule. Ce succès populaire réjouit cet auteur nourri de Jack London, d’Alexandre Dumas et par-dessus tout de Victor Hugo.

Le cadre de Mamma Roma est celui de la Rome des papes en 1870, juste avant que les troupes italiennes ne mettent fin à leur règne temporel, achevant ainsi l’unité du pays. Ce sont les derniers jours d’un pouvoir obscurantiste et répressif désormais aux abois. Rome est alors une capitale à demi à l’abandon, où les moutons broutent au milieu des ruines du Forum. « Les maisons et les baraques (…) avaient poussé au milieu des colonnes millénaires, les auberges agrippées aux restes de temples sacrés, devant lesquelles on entonnait des refrains paillards », écrit Di Fulvio, qui méticuleusement dresse le décor. C’est la première fois que lui, fils de montagnards du nord, écrit sur cette ville où il est né et où il a toujours vécu.

Naissance de l’Italie nouvelle

Comme tout bon auteur de roman populaire, il affectionne les personnages hauts en couleur. Il y a là une flamboyante comtesse républicaine, Nella Beltrami, orpheline jadis échappée d’un sordide hospice avant de devenir demi-mondaine puis d’épouser un noble piémontais ruiné, puis suicidé. Naturellement, c’est dans un orphelinat qu’elle choisit son fils adoptif, Pietro, qui devient photographe pour témoigner de la misère du monde. Son grand amour est Marta, une enfant de la balle grandie dans un cirque. Trois personnages de feu et de passion. Derrière ces premiers rôles en défilent d’autres, un dresseur de chevaux, ancien combattant de l’éphémère république romaine de 1849, une clocharde philosophe, un sanguinaire malandrin et tant d’autres pour raconter un monde en train de mourir, alors que naît l’Italie nouvelle.

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