« Many Saints of Newark » : un retour frustrant dans le clan des Soprano

Lino « Buddha » Bonpensiero (Joey Diaz, de dos) et Richard « Dickie » Moltisanti (Alessandro Nivola, à droite) dans « Many Saints of Newark », d’Alan Taylor.

L’AVIS DU « MONDE » – À VOIR

Depuis la diffusion de son dernier épisode, en 2007, le temps n’a fait que consolider le culte autour de la série Les Soprano (1999-2007), monument de la culture télévisuelle, fétiche désormais inamovible d’un inconscient collectif et mondialisé. Derrière ce chef-d’œuvre, un homme, David Chase, auteur et showrunneur qui, avec d’autres, a sorti le format de son âge de l’innocence pour le faire entrer dans une forme de maturité, et l’écriture télévisuelle ne s’en est jamais vraiment remise.

Un culte amplifié par la discrétion de Chase, qui n’a rien signé d’autre depuis, mais révélait en interview l’existence d’une préquelle (épisode précédant la série) en préparation, qui reviendrait sur les années de formation de son héros, Tony Soprano. Cerise sur le gâteau, le jeune Tony serait joué par Michael Gandolfini, fils de James, mort tragiquement en 2013 dans des circonstances qui font étrangement écho à son personnage dans la série. Qui plus est, le fils est le sosie du père. Bref, Many Saints of Newark ne pouvait qu’être attendu avec une ferveur quasi religieuse, venant assouvir ce désir enfantin de voir une grande fiction se poursuivre par-delà sa fin officielle.

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Situé en 1967, à Newark (New Jersey), le film se focalise sur l’itinéraire de Dickie Moltisanti, père de Christopher (neveu et fils spirituel de Tony dans la série), qui ouvre les portes du clan mafieux DiMeo à son neveu Tony. Peuplé d’intrigues et de personnages, Many Saints retrouve intacte l’écriture du showrunneur, sa vitesse, son rythme particulier qui va et vient entre peintures tranquilles et détaillées de la communauté italienne (ses repas, ses enterrements, ses engueulades) et irruptions d’ultraviolence. Comme le suggérait déjà la série, la vie mafieuse et la vie intime, bien loin de s’opposer, s’interpénètrent comme dans un rapport psychanalytique entre le refoulé et son retour, la violence permettant (et finançant) le bonheur familial et la réussite sociale.

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L’infernal retour du même

Sur fond d’émeutes raciales et dans un Newark des années 1960 de carte postale filmé par Alan Taylor avec une vigueur censée rappeler celle de Scorsese, Chase réinjecte ce qui faisait déjà le quotidien de Tony : adultère, règlements de compte, assassinats et guerres de gangs. Sous les yeux à peine naïfs d’un Tony adolescent, spectateur en retrait qui est moins un personnage en bonne et due forme qu’un témoin sur le bas-côté attendant son tour. Car si Dickie est si central, c’est que son itinéraire pèsera comme une ombre sur la vie de Tony, et tout l’enjeu de Many Saints of Newark est de montrer l’infernal retour du même : à peu de chose près, les deux hommes ont eu la même vie, tous deux ont vécu la même parodie de masculinité qui les mènera à leur perte.

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