Marc-Antoine Barrois, parfumeur : « Je crois à la petite boutique qui ne peut accueillir plus d’un client à la fois »

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Publié aujourd’hui à 11h00

Le couturier et parfumeur Marc-Antoine Barrois.

La boutique de poche nichée dans la galerie Véro-Dodat, au cœur du quartier des Halles, à Paris, ressemble à un rêve d’enfant. Seize mètres carrés et pas un centimètre de plus. Il a fallu des trésors d’imagination pour en faire un lieu de vente de parfum. « Je crois à la petite boutique qui ne peut accueillir plus d’un client à la fois, un client qui se sent important, écouté, considéré », explique le couturier Marc-Antoine Barrois qui a entrepris une diversification dans la parfumerie au milieu des années 2010.

L’échoppe lilliputienne a été très longtemps l’antre d’un libraire de 86 ans qui a fini par remballer opuscules et incunables pour prendre une retraite bien méritée. Mine de rien, cette boutique exiguë dessine les contours d’une image de marque, réussit à proposer un univers. « Nos parfums sortent tout droit de nos cerveaux, pas d’un brief ou d’un mood board. C’est la raison pour laquelle je cherchais un lieu où l’imaginaire pouvait se déployer. » S’il précise « nos parfums », c’est qu’il forme un vrai binôme avec le parfumeur Quentin Bisch (Givaudan) qui a déjà composé les parfums B683 (clin d’œil à l’astéroïde du Petit Prince) et Ganymede.

Colonie d’escargots

Entrer dans la boutique, c’est un peu comme ­sauter à pieds joints dans le monde merveilleux d’Alice. Fortement marqué par la poésie des vitrines d’Hermès, Marc-Antoine Barrois a voulu créer, avec l’architecte Antoine Bouillot, un monde féerique proche de la BD : plaques de verre à l’intérieur desquelles ont été cuits de la cannelle et du gingembre qui font l’effet cotonneux d’un nuage, arbre de vie illuminé de l’intérieur sur lequel « poussent » les précieux flacons de parfum.

Le couturier a surtout laissé envahir l’espace par une colonie d’escargots, œuvre de l’artiste Jean-François Fourtou – les drôles de gastéropodes ont même escaladé la devanture. « Les enfants repèrent très vite les escargots, ça les fait rire, quand les adultes ne voient que des coquillages », s’amuse-t-il. Peu importe. La discussion avec le visiteur peut s’engager et c’est finalement l’effet recherché pour une parfumerie d’auteur qui a besoin d’un sous-texte.

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Il a honte de l’avouer : « Je n’ai pas souffert de la crise. » Cette boutique, Marc-Antoine n’aurait probablement pas pu en faire l’acquisition si tant d’autres n’avaient pas fermé, victimes du Covid-19. Pourtant, ce 17 mars 2020, l’avenir lui semblait bien sombre. « Avec le confinement et le télétravail, plus personne n’avait la nécessité de s’offrir un smoking sur mesure », se souvient-il. L’activité pour laquelle il se bat depuis dix ans semble n’avoir plus beaucoup de sens.

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