Marc Ribot, guitariste de mémoire

Marc Ribot, en concert au Festival Marseille Jazz des cinq continents, le 13 juillet 2021.

Bel endroit pour une sérénade. Dans le patio du Musée Cantini de Marseille, Marc Ribot se tient sur une estrade, dans la position du guitariste classique, avec un repose-pieds. Les yeux clos et l’oreille au contact de la caisse de résonance. Le musicien new-yorkais qui donne un rare concert solo, mardi 13 juillet, dans le cadre du festival Marseille Jazz des cinq continents, laisse son humeur vagabonder entre les genres, musiques latino (avec prédilection pour le Brésil et Cuba), liberté jazz et mélancolie blues. Bells, d’Albert Ayler, comme Jamon con yuca, de l’Orquesta Valdès.

Le peintre marseillais Gérard Traquandi, dont l’exposition « Ici, là » se tient jusqu’au 26 septembre au Musée Cantini et qui a dessiné l’affiche du festival, pensait avoir fait un « caprice » quand Hughes Kieffer, le directeur de Jazz des cinq continents, lui a demandé quel musicien il souhaitait inviter dans ce lieu. Le nom de Marc Ribot a été immédiatement prononcé pour sa « musique qu’on ne peut jamais anticiper ». Et Ribot est venu. Avec un temps d’avance, ce qui a permis d’improviser un autre concert, la veille, à la Villa Gaby, sur la corniche Kennedy.

Star discrète

Gérard Traquandi n’est pas le premier à faire appel à Ribot, dont le CV est plus long que ce bras courant, parfois en hésitant, sur le manche. On l’identifie d’abord comme partenaire de Tom Waits (à partir de Rain Dogs, 1985) et de John Zorn sous d’innombrables avatars, également comme membre des Lounge Lizards. Il faudrait ajouter Diana Krall, Elvis Costello, Marianne Faithfull, Allen Ginsberg, The Jazz Passengers, Vinicio Capossela, Susana Baca, Marisa Monte… Cette star discrète parmi les session men a aussi publié une vingtaine de disques sous son nom, d’autres en quartet et en trio, dont Ceramic Dog, celui qu’il a formé avec le bassiste Shahzad Ismaily et le batteur Ches Smith. Les compères viennent de livrer un quatrième album studio, Hope, laissant s’exprimer les sentiments que leur a inspirés le confinement : ennui et colère.

« Nous sommes entrés dans le studio séparément et avons joué dans des pièces distinctes, raconte Marc Ribot. C’est un disque de rock et je pense qu’on peut y entendre la simple joie de rejouer ensemble. » Il avoue s’être auparavant laissé gagner par la paresse. Sans évidemment délaisser son instrument. Mais il s’est débarrassé du médiator pour que ses doigts retrouvent le contact des cordes en nylon. Le premier qu’il eut avec une guitare.

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