Marcel Bluwal, réalisateur pionnier de la télévision, est mort

Marcel Bluwal s'adresse au public après avoir obtenu le FIPA d'argent, catégorie série et feuillletons, pour « A droite toute », au 21e Festival international des programmes audiovisuels (FIPA), le 26 janvier 2008, à Biarritz.

Il a été d’une bande de grands enfants qui ont aimé s’amuser à faire de la télévision un outil culturel accessible à tous. La mission était belle et folle. Pour la servir et ne pas la trahir, Marcel Bluwal a osé claquer les portes, passer pour une « grande gueule », dire « merde » à certains patrons de chaînes. A ses côtés, les réalisateurs Claude Barma, Stellio Lorenzi, Claude Santelli, Claude Loursais jouaient de concert. Une bande d’idéalistes portant leurs rêves à hauteur du réel.

Soucieux d’intéresser les téléspectateurs à ces classiques qui l’avaient tant ennuyé durant ses années d’étude, Marcel Bluwal a conduit avec un soin infini Molière et Marivaux, Beaumarchais, Dostoïevski, Victor Hugo… dans les foyers. Il rêvait d’être metteur en scène de cinéma. Il est devenu un pionnier de la télévision, à laquelle il a fait don de son intelligence pendant soixante ans. Entre autre preuve demeurée sans égale : l’adaptation du Dom Juan de Molière. Marcel Bluwal est mort samedi 23 octobre à l’âge de 96 ans, à Paris, a annoncé son agent à l’Agence France-Presse.

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Fils unique d’Henri et Eda Bluwal, juifs polonais immigrés en France en 1924, le petit Marcel naît le 25 mai 1925 dans le 12e arrondissement de Paris. Son père est manœuvre chez Renault puis employé aux écritures dans une usine de meubles. La famille vit modestement. Mais chez les Bluwal, on ne manque de rien. A la maison, au milieu des livres et autour du piano, règne une ambiance assez « artiste ». Le père lit le français, le russe, le polonais et l’allemand.

Poulbot le jour, traînant avec les copains et écumant les cinémas (une révélation), le petit Marcel est habillé « de propre » le soir pour accompagner ses parents dans les restaurants de Montparnasse, « La Coupole » ou « Le Dôme », où ils rejoignent les peintres du mouvement surréaliste. En 1936, le Front populaire est au pouvoir et le jeune Bluwal découvre les joies de la bibliothèque municipale. Il dévore les livres, se passionne pour ces « raconteurs d’histoires » qui, pensera t-il plus tard, ont fait jaillir chez lui le désir de devenir metteur en scène.

Eduqué à l’école communale, laïque et républicaine, élevé dans une famille pour qui la France est le pays de la liberté et Paris « la plus belle ville du monde », le petit Bluwal n’a pas, selon ses propres termes, « une conscience juive très éveillée ». La montée de l’antisémitisme, la déclaration de guerre de la France à l’Allemagne, l’invasion allemande, l’Occupation, le port de l’étoile jaune obligatoire pour les juifs se chargeront d’y remédier. « A partir de là, dira Marcel Bluwal des décennies plus tard, il nous fallait bien comprendre qu’on était l’excrément de la terre. » La veille de la rafle du Vel’d’Hiv, en 1942, une voisine prévient Eda Bluwal. La mère et le fils trouvent alors refuge chez leur professeure de piano où, durant deux ans, ils vivront cachés dans une pièce close et étroite.

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