Martine Le Blond-Zola : « Emile Zola avait l’obsession de la vérité »

Martine Le Blond-Zola, arrière-petite-fille d’Emile Zola.

Du verbe à la pierre, du combat à la conscience, Emile Zola nous a légué son immense héritage, littéraire et éthique, sensitif et altruiste. Depuis trois décennies, Martine Le Blond-Zola, arrière-petite-fille de l’écrivain, lui consacre son temps et sa passion. Ancienne ingénieure en recherche énergétique, cette septuagénaire acquise aux convictions et aux valeurs de son aïeul évoque d’expositions en conférences les multiples facettes de l’écrivain, souligne ses engagements et révèle sa dimension visionnaire, souvent minorée.

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Aujourd’hui, la maison de Médan, propriété des Yvelines acquise par Zola en 1877, rouvre ses portes après dix ans d’une méticuleuse restauration. Dans ce refuge, sanctuaire intime de l’écrivain et berceau de nombre de ses écrits, qui chaque année, depuis 1903, accueille un pèlerinage littéraire célébrant sa mémoire, le Musée Dreyfus vient de voir le jour. Martine Le Blond-Zola en retrace la genèse, éclairant le patrimoine immatériel que l’homme de lettres a laissé et dont la collection du Monde, par son exhaustivité et sa diversité, traduit les élans et les choix courageux de l’auteur.

« La presse, écrit Zola, c’est la vie, l’action, ce qui grise et ce qui triomphe. » Sa fibre journalistique est-elle finalement le ressort de son écriture et de son action ?

Emile Zola avait l’obsession de la vérité. Le journalisme a été, pour lui, un moyen de se faire connaître, un levier pour affirmer son regard critique et alerter l’opinion. En entrant à 22 ans chez Hachette, il s’extirpe de la misère. Employé puis chef du bureau de la publicité, il rédige pour la presse littéraire des notices bibliographiques. Mais c’est en s’élançant dans la critique d’art qu’il débute réellement dans la presse, sous le nom de Claude, l’un de ses pseudonymes, clin d’œil à son tout premier roman, La Confession de Claude. En défendant Edouard Manet, exclu du Salon, en 1866, Zola fustige le tout-puissant jury de l’Académie des beaux-arts qu’il trouve réactionnaire. Il a pressenti la révolutionnaire modernité du peintre, réfute le beau idéal pour célébrer le beau naturel, au mépris de toute convention ou doxa. Ainsi, dès l’âge de 26 ans s’engage-t-il dans un humanisme militant qui va imprimer toute son œuvre et ses engagements futurs. A l’instar des impressionnistes qu’il soutient, Zola dépeint toutes les strates de la société, et déclare : « Je défendrai dans ma vie toute identité franche qui sera attaquée. Je serai toujours du parti des vaincus. »

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Le journal est sa tribune, lui procurant un auditoire au service de son ambition littéraire et de ses idées. Alors chroniqueur parlementaire au quotidien La Cloche, Zola multiplie ses collaborations dans les journaux républicains, usant de noms d’emprunt, et publie ses romans sous forme de feuilletons. Ses articles, par leur diversité, sont autant d’exercices qui lui permettent d’explorer et de déployer un éventail de formes littéraires, de registres, de motifs et de personnages dont il va nourrir La Curée, Nana, La Conquête de Plassans ou encore Son Excellence Eugène Rougon… Zola n’abandonnera ses noms de plume qu’après le succès de L’Assommoir, en 1877, qui lui procure fortune et renommée. Il délaissera la presse, n’y revenant qu’en 1898 pour défendre Alfred Dreyfus et signer J’accuse. Lire ses œuvres, compulser ses chroniques, ses critiques, ses textes combatifs habités d’indignation à l’instar de véritables plaidoiries sont autant d’accès à Zola que procure la réunion de ses écrits dans la collection illustrée du Monde.

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