Mathieu Amalric : « Je me sens très jumeau avec Vicky Krieps »

Mathieu Amalric, à Paris, le 3 septembre 2021.

Mathieu Amalric a toujours revendiqué d’être réalisateur, avant d’être comédien. Son plaisir, c’est de fabriquer des films, et son dernier long-métrage, qui sort en salle le 8 septembre, Serre moi fort – sans trait d’union, comme des mots isolés l’un de l’autre –, s’apparente, dans sa construction, dans sa forme, à un mobile suspendu, toujours en mouvement. Voilà une œuvre qui nous hante et nous emmène dans de multiples récits, et pas pour le plaisir de nous perdre. Adapté d’une pièce de Claudine Galea, Je reviens de loin (2003), le film suit une femme (Vicky Krieps) qui, apparemment, s’en va. Un matin, elle fait son sac et quitte son compagnon (Arieh Worthalter) et ses deux enfants. Mais peut-être s’agit-il d’autre chose, on le découvrira en route.

Mathieu Amalric raconte au Monde le long cheminement de cette œuvre dont il a modifié le montage, sans cesse, afin de transmettre non pas seulement la douleur d’une femme, mais son imaginaire ludique et amoureux, comme une force de survie.

Lire la critique : « Serre moi fort » : le combat d’une mère pour survivre seule à la disparition d’une famille

« Serre moi fort » s’ouvre sur une scène de séparation, mais la suite du film ouvre d’autres pistes…

Oui, on peut en parler, le secret n’est pas le nerf du film. Dans sa pièce, Je reviens de loin, Claudine Galea raconte l’histoire d’une femme qui, apparemment, vient de quitter son compagnon et ses enfants. On entre dans les pensées de Camille, la pièce a une forme en chantier/enchantée. On découvre seulement à la fin ce qui s’est réellement passé : en fait, cette femme a perdu son mari et ses enfants dans un accident. Si elle s’est inventé cette histoire de séparation, c’est pour les imaginer encore vivants, loin d’elle. Elle se dit : « Si moi je m’en vais, c’est qu’eux sont restés !… »

« Je voulais faire partager aux spectateurs tout ce qu’elle invente dans sa tête, ce côté ludique, amoureux »

Ce qui m’a fait pleurer, c’est cette inversion. Claudine Galea a trouvé quelque chose d’aussi simple qu’un mythe. En partant de cette lecture, je suis allé piocher, comme un archéologue, des mots, des objets, présents dans la pièce. Des références de films me venaient, la principale étant Les Gens de la pluie (1969), de Francis Ford Coppola, avec ce grain de l’image que je souhaitais retrouver. J’ai voulu changer aussi le prénom du personnage : elle ne s’appelle plus Camille, mais Clarisse, en référence à L’Homme sans qualités, de Robert Musil, une femme qui s’en va, fascinée par la folie. Ce livre m’obsède depuis trois ans. Pour la sortie en salle, j’ai même écrit une « Lettre à Clarisse » à destination des exploitants, comme pour prendre de ses nouvelles. Qu’est-elle devenue aujourd’hui, est-elle toujours au volant de sa vieille voiture ?

Il vous reste 53.24% de cet article à lire. La suite est réservée aux abonnés.