Matières premières : « L’avoine boit du petit-lait »

Du lait d’avoine Oatly en vente dans une épicerie à Chicago (Etats-Unis), le 20 mai 2021.

Gagner du blé avec de l’avoine. Et à satiété, qui plus est. Les investisseurs de la société suédoise Oatly l’ont bien compris. Après avoir semé quelques graines au capital de l’entreprise, qui produit des substituts de lait, de yaourt ou de glace à base d’avoine, ils ont cueilli les fruits lors de son introduction en Bourse, en mai. La société, en effet, a récolté 1,4 milliard de dollars (1,2 milliard d’euros) au moment de sa cotation à Wall Street.

Parmi les heureux gagnants se trouve la présentatrice vedette de la télévision américaine Oprah Winfrey, l’actrice Natalie Portman ou le rappeur Jay-Z, entrés au capital en 2020. Ils ont transformé le picotin d’avoine en or sonnant et trébuchant.

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En juin, l’appétit des investisseurs faisait bondir l’action de 60 %. Oatly a alors atteint une valorisation de 16 milliards de dollars. Vertigineux, comparé au chiffre d’affaires de 420 millions de dollars affiché en 2020. L’avoine boit du petit-lait. Depuis, le soufflé végétal s’est un peu dégonflé, le titre de la coqueluche de Wall Street se négociant à présent en dessous de son prix d’introduction. Une réaction liée à la difficulté de l’entreprise suédoise à répondre à la demande de ses clients – magasins comme chaînes de café. Ainsi, le lancement très attendu des produits Oatly chez Starbucks a fait pschitt.

Pression sur les fournisseurs

Cet engouement des consommateurs pour les substituts végétaux aux produits laitiers et à la viande braque les projecteurs sur une céréale qualifiée de secondaire sous nos latitudes, et met la pression sur les fournisseurs. D’autant que, du côté agricole, la tension est tout aussi forte. La sécheresse qui a sévi cet été au Canada a grillé près de 40 % de la récolte. Or, ce pays est le deuxième producteur mondial. Les aléas climatiques ont également touché les Etats-Unis et, dans une moindre mesure, la Suède et la Finlande. Résultat : le cours de l’avoine s’emballe. Il a même battu, lundi 4 octobre, un record historique, en franchissant les 6 dollars le boisseau à la Bourse de Chicago.

Les surfaces d’avoine ont été irrésistiblement grignotées par celles de blé et d’orge au gré de la mise au rencart des voitures à cheval

En France, en 2021, dame Nature a été moins sournoise qu’en 2020. En conséquence, la production a crû de 20 %, à 467 000 tonnes. Une paille, toutefois, au regard des 36,7 millions de tonnes de blé tendre engrangées cet été. Les surfaces d’avoine ont été irrésistiblement grignotées par celles de blé et d’orge au gré de la mise au rancart des voitures à cheval. Désormais, cette céréale n’est distribuée qu’en portion congrue dans la mangeoire des animaux. Mais, dans les bols du petit déjeuner, elle revient au galop. Et parfois, sous label bio.

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