Melinda French Gates : « En matière d’égalité des sexes, les femmes veulent des résultats plutôt que des discours »

Tribune. Il y a vingt-six ans, en septembre 1995, des militantes et des militants pour l’égalité des sexes se réunissaient à la Conférence de Pékin sur les femmes, sous l’égide de l’Organisation des Nations unies (ONU), avec un argument simple : « Les droits des femmes sont des droits humains. » En réaction, les dirigeants mondiaux se sont engagés à « promouvoir l’indépendance économique des femmes » et à « prendre toutes les mesures nécessaires pour éliminer toutes les formes de discrimination à l’égard des femmes ».

Mais ces déclarations sont restées lettre morte en termes de nouvelles politiques ou de nouveaux financements. Ainsi, malgré des progrès graduels, ce qui était vrai en 1995 reste vrai aujourd’hui : où que vous naissiez, votre vie sera plus difficile si vous êtes une femme ou une fille.

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Ce 30 juin à Paris, militants et dirigeants se réunissent à nouveau, pour concrétiser les engagements pris il y a une génération à Pékin. Le Forum Génération Egalité [rassemblement mondial en faveur de l’égalité entre les femmes et les hommes, organisé par ONU Femmes] sera l’occasion de combler enfin l’écart immense qui sépare les ambitions et les actions. Ils s’engageront sur le plan financier, élaboreront des programmes politiques fondés sur des éléments tangibles, et s’accorderont sur la manière de vérifier que les résultats sont au rendez-vous.

Les femmes victimes de la pandémie

La pandémie de Covid-19 a contraint le forum à célébrer l’anniversaire de Pékin avec un an de retard et a mis en lumière la nécessité de changer. Les femmes avaient déjà deux fois plus de chances que les hommes de perdre leur travail lorsque la pandémie est apparue. Cela s’explique en partie par le fait qu’elles ont tendance à être concentrées dans des emplois (serveuses de restaurant, hôtesses de l’air, employées d’hôtel) qui ont été les plus touchés par les mesures de distanciation sociale.

Un autre facteur est que, lors de la fermeture des écoles, tout le monde est resté chez soi et ce sont principalement les femmes qui se sont chargées de garder les enfants et d’accomplir d’autres tâches telles que le ménage et la cuisine. Elles accomplissaient déjà environ trois quarts des tâches non rémunérées. La répartition des tâches est à présent encore plus déséquilibrée et certaines femmes ont été contraintes de quitter leur emploi rémunéré.

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Dans de nombreux pays, l’économie commence à se redresser, mais pas pour les femmes. De nouvelles données de l’Organisation internationale du travail (OIT) montrent que si les hommes en tant que groupe ont déjà retrouvé tous les emplois qu’ils ont perdus depuis l’apparition du Covid-19, le chômage continue d’augmenter chez les femmes. En 2021, ce sont 2 millions de femmes en plus qui perdront leur emploi, ce qui vient s’ajouter aux 9 millions qui l’ont déjà perdu depuis 2019.

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