« Même sans le virus, la situation serait terrible » : le coup de grâce du Covid sur l’économie sud-africaine

Une mine de charbon désaffectée, à Ermelo, en Afrique du Sud, le 21 avril 2021.

Les trois frères sont posés devant leurs cabanes de tôle. Il n’est pas encore 11 heures du matin, et les haleines sentent déjà l’alcool. Vuyo Siziba, l’aîné, s’excuse et propose de ranger les bières. Jusqu’en 2020, tous les trois travaillaient dans une compagnie de nettoyage. Après l’arrivée du Covid-19, le contrat de M. Siziba n’a pas été renouvelé. Comme 12 millions de Sud-Africains, près de la moitié de la population active, il est au chômage. Depuis, il passe ses journées à traîner ou à collecter du verre pour gagner quelques euros. « Je n’appelle pas ça un travail, parce que ça ne nourrit pas ma famille. »

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Jusque-là, le trentenaire, marié et père de deux enfants, rapportait le plus gros salaire de la fratrie, 6 500 rands par mois, près de 400 euros. Grâce à lui, l’ensemble de la famille vivait, certes dans des cabanes de tôle, mais sur un terrain privé avec loyer, accès à l’eau et à l’électricité. A la fin de son contrat, ils ont dû déménager de quelques centaines de mètres pour venir grossir les rangs d’un campement illégal, près du stade Orlando, à Soweto, le plus grand township de Johannesburg.

Vu de loin, on pourrait se dire qu’une cabane de tôle en vaut une autre. Erreur. Etre installé sur un terrain privé, c’est garder un peu de dignité et un minimum de tranquillité. Dans les campements illégaux, les allées sont inondées à la moindre pluie et on n’est jamais sûr de retrouver ses affaires une fois mis le nez dehors. M. Siziba payait un loyer, « parce qu’[il] pouvait se le permettre ». « Maintenant, je ne peux même plus payer un fastfood à ma femme et mes enfants », résume-t-il.

L’économie s’est contractée de 7 % en 2020

Affectée par près d’une décennie de gestion désastreuse et de corruption sous la présidence de Jacob Zuma (2009-2018), l’économie sud-africaine est en panne. Déjà très élevé avant la pandémie, le taux de chômage a continué de progresser et a atteint 34,4 % au deuxième trimestre, 44,4 % en incluant ceux qui ont abandonné l’idée de chercher un travail. L’économie s’est contractée de 7 % en 2020, en raison de la crise sanitaire.

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Premiers touchés, les jeunes. En comptant ceux qui ne cherchent plus de travail, 74,8 % des moins de 24 ans sortis du système éducatif sont sans emploi, soit trois sur quatre. « Même sans le virus, la situation serait terrible », résume Kristal Duncan-Williams, chargée de projet au sein de l’association Youth Capital, qui tente d’aider les jeunes à s’insérer sur le marché du travail. Si les décrocheurs qui n’ont pas l’équivalent du bac sont les plus en difficulté, les diplômés ne sont pas épargnés.

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