Météo : les phénomènes d’orages violents vont-ils se multiplier ces prochaines années ?

Après une semaine de forts orages et de pluies importantes, plusieurs villes comme Reims, Beauvais ont été inondées faisant un mort et de nombreux dégâts matériels.

En moins d’une heure, les villes de Reims, Beauvais, Houille, Lyon se sont retrouvées sous les eaux, ne laissant pointer que le haut des voitures ensevelies et des commerces transformés en pédiluves. Lundi 21 juin, alors que la France célébrait la fête de la Musique, un violent orage s’est abattu au-dessus du centre-ville rémois, laissant s’échapper 50 millimètres d’eau en moins de deux heures. Rapidement devenue incontrôlable, l’eau s’infiltrait dans chaque recoin comme en témoignent les différentes vidéos prises par les habitants. Deux jours plus tôt, la capitale de la Champagne avait déjà été presque totalement immergée.

Durant la même nuit, à quelques kilomètres plus au sud, la ville de Beauvais a connu le même sort. Commerces jonchés de boue, routes impraticables, l’orage d’une «une ampleur exceptionnelle», selon Franck Pia, premier maire-adjoint de Beauvais, a surpris l’ensemble de la population. Des pluies diluviennes qui ont même coûté la vie à un jeune homme soudainement tombé dans la rivière Thérain, sortie de son lit. Malgré l’intervention de 18 plongeurs, des drones avec des caméras thermiques et les équipes cynotechniques, Eliott qui venait de passer son grand oral du bac a été retrouvé mort «à une cinquantaine de mètres du point de chute», a informé mercredi 23 juin la procureure de Beauvais, Carole Tharot.

Après avoir touché l’ensemble des régions, ces situations «apocalyptiques», pour reprendre les mots de Franck Pia, sont-elles appelées à se reproduire plus souvent comme ce fut le cas ces deux dernières semaines à Reims ?

Pas forcément plus récurrents mais plus intenses

«Plus souvent, pas forcément, répond la climatologue Françoise Vimeux, directrice de Recherche à l’Institut de Recherche pour le Développement (IRD). Quand on regarde les statistiques sur les vingt dernières années, le nombre d’orages n’a pas particulièrement augmenté, mais leur intensité oui». Un orage se crée par la rencontre de deux masses d’air, une très chaude et une autre plus froide, entraînant une condensation de l’eau présente sous forme de vapeur au sol puis retombant en fortes pluies. Pour la climatologue, c’est justement la quantité d’eau qui va augmenter ces prochaines années. «Avec des températures plus élevées, l’atmosphère peut contenir plus d’eau en vapeur, les pluies seront donc plus conséquentes une fois le mercure descendu.» Par exemple, d’ici la fin du siècle, les pluies devraient augmenter de 20% notamment lors d’événements tels que les épisodes cévenols, selon les projections climatiques.

Si les pluies devraient se multiplier et s’intensifier d’ici les prochaines années, comment expliquer alors que les épisodes de sécheresse suivent la même courbe ascendante ? «Ce n’est pas antinomique, répond Françoise Vimeux. En moyenne, nous aurons moins de pluie en cumul mais davantage de gros événements extrêmes que ce soit des épisodes pluvieux et orageux ou des périodes de canicule». A cela s’ajoute que très souvent, les orages naissent suite aux épisodes de fortes chaleurs et y mettent fin. «Une double peine pour les sols, continue la climatologue, car des précipitations soudaines n’hydratent pas les sols, la quantité d’eau est trop importante et soudaine.» Si ces incidents climatiques extrêmes s’accroissent, la France est-elle prête ?

Des sols plus bétonnés et moins imperméables

Françoise Vimeux est formelle, «les canalisations sont insuffisantes, elles ne peuvent pas absorber la quantité d’eau et doivent être adaptées». Elle demande une politique d’adaptation non seulement vis-à-vis du dérèglement climatique mais aussi de nos infrastructures. «La bétonisation des sols et l’étalement urbain sont tout autant responsables des derniers incidents», note la chercheuse. En effet, dans les villes, l’eau ne s’infiltre pas dans les sols mais ruisselle puis stagne formant ainsi des masses d’eau. Or, la situation ne va pas en s’arrangeant. D’après le rapport de l’INRA sur l’artificialisation des sols, publié en 2017, «entre 2006 et 2014, la France a ainsi perdu 490.000 hectares de terres agricoles, surfaces qui absorbaient les eaux de pluies».

Si aujourd’hui 10% des sols sont bétonnés, la tendance s’accélère à la vitesse de 16.000 à 61.000 hectares par an, selon le rapport de France Stratégie de 2019. Un accroissement contre lequel le gouvernement s’est engagé avec «l’objectif zéro artificialisation nette», un chapitre important du Plan biodiversité de 2019, un observatoire de l’artificialisation des sols ayant été lancé pour cette même occasion. Parmi les axes de réflexions figure un meilleur urbanisme, plus responsable envers les sols en limitant au maximum l’étalement urbain. Des mesures urgentes doivent être prises, selon les premières conclusions du GIEC, qui prévoit la multiplication d’épisodes de canicule humide, des conditions difficilement supportables pour l’être humain.