Migrants : « La condamnation qui frappe Domenico Lucano est lourde, exagérée et hors normes »

Tribune. Le 30 septembre 2021, Domenico Lucano, ancien maire de la petite ville de Riace (Calabre), s’est vu infliger une peine de treize ans et deux mois de prison, assortie d’une amende de 750 000 euros.

Qui est Domenico Lucano ? C’est un citoyen d’un bourg du sud de l’Italie qui, il y a vingt ans, était abandonné aux griffes de la ‘Ndrangheta (la mafia locale) et délaissé par ses habitants, contraints de partir vers le nord pour trouver du travail.

Quelle est l’histoire de Domenico Lucano ? Le 1er juillet 1998 un bateau de migrants kurdes s’échoue sur la plage de Riace. Des habitants sans maison débarquent dans un village où les maisons n’ont plus d’habitants. Domenico Lucano réussit alors à contacter les propriétaires des maisons de Riace à qui il demande la permission d’ouvrir les portes de leurs demeures vides. Petit à petit, Riace devient la ville de l’accueil.

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Devenu maire de Riace, il a développé un modèle d’hospitalité et la petite ville calabraise a vécu une renaissance et a renoué avec des savoir-faire ancestraux comme le tissage à la main et le pressage de l’huile d’olive. Domenico Lucano a sauvé des vies, créé de l’espoir, refondé une ville perdue.

La condamnation qui le frappe est lourde, exagérée et hors norme.

Conviction et idéal

Pour reprendre les termes de la plaidoirie de son avocat, « Domenico Lucano est étranger aux accusations qui le concernent, car par nature il est incapable d’agir pour le gain, même politique ; comme le montre le fait qu’il a refusé d’être élu au Parlement européen, ce qui lui aurait permis de profiter de l’immunité liée au mandat de député européen. Domenico Lucano a agi comme représentant de l’Etat et interprète de la Constitution, confronté qu’il était à la démission des services publics qui s’avéraient incapables de donner assistance et protection aux migrants. Si, en tant que maire, il est allé au-delà de ce qu’il pouvait faire, ce n’est certainement pas pour le pouvoir, mais par conviction et pour poursuivre un idéal, pour répondre à ce que demande notre Constitution ».

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Nous exprimons tout notre soutien à Domenico Lucano parce que cette condamnation ne le vise pas personnellement mais vise, comme il le dit lui-même, « l’idée d’une vie alternative, qui a fait renaître une ville qui était en train de mourir », c’est une sentence contre un modèle de vie pour une campagne qui se dépeuple ; un modèle certes perfectible, mais qui a montré qu’accueillir et vivre ensemble est possible, un modèle qui montre que l’entraide peut être la solution à la crise migratoire, mais aussi la solution à la crise économique d’une communauté qui est en train de s’éteindre.

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