« Minuit, dernière limite », de Lee Child : Jack Reacher n’en a pas fini avec nous

A bord d’un bus, dans le Montana.

« Minuit, dernière limite » (The Midnight Line), de Lee Child, traduit de l’anglais par Elsa Maggion, Calmann-Lévy, « Noir », 432 p., 22,50 €, numérique 16 €.

En anglais, cela s’appelle le « cool ». En français, la « placidité ». Dans le thriller, après James Bond, né sous la plume de feu Ian Fleming (1908-1964), c’est, depuis une vingtaine d’années et au moins autant de livres, Jack Reacher, le héros de Lee Child, qui incarne le mieux cette fascinante vertu, laquelle tient en haleine le lecteur mais désamorce son angoisse. Résumons son pedigree : il s’agit d’un éternel errant qui, muni de sa seule brosse à dents, monte systématiquement dans le premier bus qui passe, peu importe sa destination, à travers les Etats-Unis.

Le hasard fait bien les choses. Avec Jack Reacher, l’aventure n’est jamais loin. Il s’y lance à corps perdu sans se soucier des risques qu’il encourt. Il faut dire que sa silhouette impressionne, ainsi que son sens stratégique de l’anticipation, qui le rend capable de défaire à mains nues – de vrais battoirs – sept motards en colère, comme dans le volume qui vient de paraître, Minuit, dernière limite. Des criminels s’y téléphonent pour annoncer son arrivée. Ils le décrivent comme un « yéti », « l’incroyable Hulk ». Ils n’ont pas tout à fait tort.

De fait, Reacher mesure 1,98 mètre pour 113 kilos. Des cicatrices, ici et là, témoignent de ce que le major en retraite, ancien enquêteur au sein de la police militaire, n’a pas mené une vie des plus tranquilles. Ajoutons à cela des diplômes de toutes les écoles de combats spécialisés que l’armée avait à lui offrir. Bref, les méchants, quels qu’ils soient, ne lui font pas peur.

Une gueule cassée

C’est encore une fraternité d’armes qui sous-tend les déplacements de Jack Reacher dans Minuit, dernière limite : le désir opiniâtre de retrouver la propriétaire d’une bague de West Point vendue par un prêteur sur gage. Une bague de la promotion 2005, gravée d’initiales, symbole de l’académie militaire où lui-même a sué sang et eau pendant quatre ans. Vu sa petite taille, c’est d’évidence la chevalière d’une femme. Porté par les circonstances et la curiosité, Jack Reacher remonte alors une filière de trafiquants de drogue qui le conduira du Dakota du Sud au Wyoming, sur les traces d’une gueule cassée.

C’est un récit au ton mélancolique que livre ici Lee Child, le plus américain des romanciers britanniques. A 66 ans, celui-ci a annoncé en 2020 qu’il transmettra en intégralité la suite des aventures de Jack Reacher à son frère cadet, Andrew Child, lui aussi auteur de thrillers, après trois volumes écrits en commun afin d’assurer la transition la plus juste au sein de cette saga littéraire écoulée, à ce jour, à plus de 100 millions d’exemplaires dans 49 langues.

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