« Miriam Makeba, voix de l’Afrique », plongée dans l’œuvre galvanisante de la chanteuse militante

La chanteuse sud-africaine Miriam Makeba en 1978.

FRANCE CULTURE – SÉRIE MUSICALE – À LA DEMANDE

N’a-t-on pas déjà tout dit de la chanteuse sud-africaine Miriam Makeba (1932-2008) ? La podcasteuse indépendante Hajer Ben Boubaker a relevé le défi de retracer pour France Culture la vie et le génie musical de Zenzile Makeba Qgwashu Nguvama (son nom complet). « A partir de sa musique, de son autobiographie, mais aussi d’articles parus dans des revues panafricaines, j’ai pensé la série comme une cartographie, par les étapes géographiques qui ont été imposées par son exil », explique la jeune chercheuse en sciences politiques et histoire.

Le récit limpide d’une vie et d’une œuvre au service de l’ouverture et de l’unité, à l’intersection des racines, de l’universel et des engagements de la diva – de sa prodigieuse diversité musicale et linguistique, du jazz aux chants traditionnels en passant par la bossa-nova, et la maîtrise de multiples langues, sud-africaines mais aussi l’indonésien ou l’arabe.

Le voyage démarre en Afrique du Sud, bien sûr, où Miriam Makeba commence sa vie… en prison ! A peine née (dans un township), elle y est envoyée pour six mois avec sa mère, condamnée pour avoir brassé de la bière, activité interdite aux Noirs. Son existence répétera les épreuves de cette envergure, à commencer par la perte de sa nationalité sud-africaine en 1959, alors que la star de la chanson est à l’affiche d’une comédie musicale à succès (King Kong, histoire d’un boxeur). Sa participation au film de Lionel Rogosin Come Back Africa, qui dénonce l’apartheid et est primé à la Mostra de Venise en 1959, et ses prises de position publiques aggraveront son cas : les autorités lui refuseront jusqu’au visa pour les obsèques de sa mère l’année suivante.

« Mama Africa »

Sa rencontre décisive avec le chanteur Harry Belafonte trace une voie vers les Etats-Unis, où elle se hissera au sommet des « charts » en chantant dans d’autres langues que l’anglais. Son mariage avec la figure du Black Panther Party Stokely Carmichael l’obligera à quitter le pays en 1969 pour la Guinée. Elle sillonnera le continent africain et européen, au gré des titres de citoyenneté honoraires qu’elle obtient (elle aura jusqu’à neuf passeports !), mais surtout des projets artistiques et indissociablement politiques – panafricanisme, lutte contre les discriminations – qu’elle choisira de mener. Jusqu’à ce que le pouvoir sud-africain cède, libère Mandela et rende sa nationalité à celle que l’on surnomme « Mama Africa » en 1990.

Dans la nouvelle formule des séries musicales d’été, diffusée désormais le week-end, France Culture creusera en 2021 les œuvres d’artistes occidentaux : cette semaine les Beach Boys, puis Joan Baez, Georges Brassens, Prince, Nina Simone, IAM et Amy Winehouse forment l’alléchant programme.

Miriam Makeba, voix de l’Afrique, série musicale produite par Hajer Ben Boubaker, réalisé par Laurent Paulré (Fr., 2021, 2 x 120 min), disponible sur Franceculture.fr et toutes les plates-formes de podcast.